Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Tsipora Aurore Prince Agbodjan, avocate juive israélienne, française et togolaise. Je suis née à Paris, j’ai effectué toutes mes études de droit en France, y compris l’Ecole d’Avocats. Mon père (paix à son âme) ayant gardé la nationalité togolaise, j’ai pu l’obtenir également. Après avoir travaillé pour un Cabinet d’Avocats en France, j’ai été recrutée par la Mission des Nations Unies au Tchad (MINURCAT). Puis j’ai occupé des postes pour des sociétés internationales (Aggreko, Accenture). A présent, je suis basée en Israël, j’y ai fondé Prince A. Law, un Cabinet d’Avocats international (Barreaux français et israélien), dédié au commerce entre Israël et l’Afrique.

Il y a quatre ans, vous vous êtes convertie au judaïsme après plus de 30 ans de christianisme. Ceux qui l’ont appris ou l’apprennent se demandent: Pourquoi ce virement ? C’était-il un moyen pour vous d’intégrer facilement en Israël ?

J’ai été en quête spirituelle depuis mon enfance. Ma grande sœur pratiquait le catéchisme et je lui posais des questions sur Dieu, sur ce qu’il était et sur ce qu’il représentait. À l’âge de douze ans, j’ai dû rédiger ma profession de foi. J’ai donc commencé à lire la Bible. Et là, me sont venues des questions épineuses : « Pourquoi Dieu ne parlait-il qu’aux Hébreux » ? « Pourquoi nous, Chrétiens, nous considérions-nous comme descendants de Jésus lui-même juif »? Plus tard, je me suis penchée sur d’autres religions monothéistes, dont l’Islam. Et puis j’ai fait la connaissance d’un garçon juif non pratiquant. Il m’a parlé des fêtes juives et je me suis intéressée à sa religion. Je suis tombée sur une émission de Josy Eisenberg sur les B’nei Noah (personnes qui s’engagent à suivre les 7 Lois noahides). J’ai beaucoup lu sur ce sujet, les textes de Maïmonide entre autres. Je me suis alors considérée comme une B’nei Noah pendant assez longtemps. Mais je ne me sentais pas assez engagée envers Dieu. J’ai lu alors « Le livre des égarés ». C’est en découvrant cet ouvrage que ma foi juive s’est révélée. J’ai eu une réaction épidermique : des frissons, la chair de poule…j’en ai même pleuré. Ce livre m’a ouvert les yeux sur ce en quoi je croyais. Puis j’ai pris le temps de lire des ouvrages sur la pratique juive qui m’était inconnue. Et j’ai décidé de me convertir. Au même moment, je commençais à exercer dans un cabinet d’Avocats. Je me suis occupée du règlement d’un divorce d’un couple juif ce qui m’a permis d’être en contact avec un rabbin du Consistoire. Je lui ai fait part ensuite de ma décision et j’ai transmis ma lettre de demande de conversion au Consistoire. J’ai été reçue assez rapidement.

J’ai débuté ma conversion en 2006 et, à cette époque je n’avais pas encore l’intention de vivre en Israel. Après ma conversion, j’ai songé à m’installer en Israël tout en me disant que cela constituait davantage un projet de couple. Puis, cela est devenu une évidence.

 

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Avocate de formation reconnue par le barreau israélien aujourd’hui. Comment vivez-vous ce métier en Israël ?

Je dois dire que je reçois un accueil chaleureux et très encourageant de mes confrères et des personnes clés dans mon secteur. “Tous les débuts sont difficiles” (“כל התחלות קשות”), comme l’enseigne le Talmud (Mekhilta Yitro). Il s’agit de gagner en notoriété ainsi que la confiance des partenaires et des potentiels clients.

Réussissez-vous à concilier vie professionnelle et familiale ?

Je ne suis pas encore mariée, je m’investis beaucoup dans la vie communautaire de ma synagogue.

 Vous êtes une citoyenne israélienne qui est sûrement en contact avec vos frères Africains plus précisément Togolais. Comment se portent les Togolais d’Israël ? Comment sont-ils organisés ? Avez-vous une idée sur leurs difficultés ? 

Pour être honnête, à part une dame vivant à Jérusalem, je n’ai pas eu la chance de rencontrer d’autres Togolais. Je serais ravie de faire leur connaissance s’il y en a.

Quel commentaire faites-vous du respect des Droits de la femme africaine en général et de la femme togolaise en particulier ?

 A mon avis, les Droits de la Femme qu’elle soit africaine, togolaise ou occidentale devraient être les mêmes. Il est à déplorer qu’ils sont bafoués sur toute la surface du globe, à quelques exceptions faites. Il faut bien sûr plus d’effectivité et de sanction de ces Droits.

En outre, le développement économique des pays africains favorisera l’amélioration de la condition féminine mais cela n’est pas suffisant. Les violences sont insupportables car ils traduisent un abus du prétendu fort sur le faible, “prétendu” car toute personne usant de violence est à mes yeux une personne faible.

Parlant de la promotion du genre, notamment de la femme. Quelle est votre réaction face aux violences faites aux femmes ?

Les femmes violentées ne doivent jamais se taire même face à leurs époux et doivent impérativement agir ! Les hommes abusifs réitèrent leurs actes car en règle générale aucune réponse n’y est apportée, qu’elle soit policière ou judiciaire. J’encourage les femmes victimes à porter plainte, à organiser des conseils de famille pour dénoncer leurs époux, à éduquer leurs fils qui deviendront les époux de demain à traiter les femmes avec respect.

…Et que pensez-vous des violences faites par la femme à l’homme ?

Inversement, les violences faites par la femme à l’homme sont tout aussi condamnables et répréhensibles par la loi.

Aujourd’hui comment appréhendez-vous la valorisation des compétences féminines au Togo ? Je voudrais parlez ici du niveau de sa représentation dans la sphère décisionnelle togolaise ? Et pensez-vous le gouvernement togolais peut faire mieux afin de permettre à la femme togolaise de le meilleur d’elle pour le développement du pays ?

De mon point de vue, certains portefeuilles ont été assignés à des femmes, jeunes de surcroît, ce qui permet de dire que les mentalités évoluent positivement. Pour ma part, je ne crois à la notion de parité, il faut la bonne personne au bon endroit au bon moment.

Nos mamans ont toujours veillé sur la maisonnée. Aussi, je crois qu’au quotidien, donner la meilleure éducation possible constitue déjà une voie ouverte pour le développement. J’entends par là, éduquer avec beaucoup d’amour sans violence, inculquer la conscience professionnelle, la valeur du mérite et de l’effort, l’encouragement aux études…

Vous êtes aujourd’hui citoyenne israélienne. Qu’est comment envisagez-vous les relations irsaelo-africaines ? 

Les relations politiques entre le Togo et Israël et, l’Afrique de façon générale sont au beau fixe. Tous aspirent à des relations commerciales riches permettant aux uns d’accéder à des technologies et savoir-faire adaptés aux besoins locaux.

 

Puisqu’on parle de la contribution de la femme au développement. Quels sont vos projets pour le continent notamment le Togo, votre terre d’origine ?

Par ailleurs, je souhaite pouvoir attirer et accompagner les opérateurs économiques togolais et africains afin qu’ils puissent trouver des opportunités sur le marché israélien (denrées…). Enfin, mon appui en termes de négociation et d’appui sur le plan contractuel est un atout puisque ma vision des choses est de parvenir à des accords commerciaux gagnant-gagnant dont la loi applicable au contrat est accessible et connue de tous.

Dans nos recherches, on a constaté que vous êtes une associée d’ISRAEL AFRICA HUB. Pouvez-vous nous parlez de cette entité ?

Israel Africa Hub est une plateforme qui permet aux personnes de toutes origines professionnelles africaines et israéliennes désireuses d’interagir ensemble. J’apporte mon support légal aux transactions qui s’y créent.

On ne pourra oublier d’évoquer un sujet d’actualité africaine. Avez-vous un message à l’endroit du peuple gabonais qui vit actuellement une crise postélectorale ?

Je souhaite à mes frères Gabonais beaucoup de sérénité afin de résoudre cette crise. Dans nos pays africains, la priorité reste le développement et, ce qui est concrètement réalisé sur le terrain pour les populations. Les hommes politiques ont tous la volonté d’accéder au pouvoir, ce qui les différencie c’est qu’ils en font…

 

Entretien  réalisée par Marcien Essimi

© La Voix Des Décideurs

 

 

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