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Paul Biya, Président camerounais- Source Photo : bbc.co.uk

Cameroun – Brésil : Où sont passés les 19 milliards du projet Biofrabrique de cacaoyer ?

Malgré les instructions du chef de l’Etat du 07 novembre 2012, des blocages dus aux contraintes réglementaire et fiscale, et  des lenteurs sont encore observés au Ministère des Finances et celui de l’Agriculture  et du Développement Rural pour mobiliser  les  19 milliards  121 millions destinés au financement de ce projet biofabrique en vue de son démarrage effectif. Cependant, des experts  du partenaire technique brésilien sont plongés dans la longue attente et peuvent se retirer.

 

©Marcien Essimi ı La Voix Des Décideurs – Nul de l’ignore. Le Cameroun a un rêve.  Il entend redorer son blason  sur le marché international en boostant sa production de cacao avec un objectif : produire  plus de 550 000 tonnes par an à partir de 2020. Et pour y parvenir, le Cameroun, selon Jérôme Mvondo, Directeur Général de la Société de Développement du Cacao (SODECAO),  est après le Brésil,  le deuxième pays au monde à faire recours  à la biofabrique qui est une technique  culturale brésilienne, consistant « à produire des plants de cacaoyer à partir des boutures » et non des fèves.  Mais alors, plusieurs difficultés  peuvent tourner ce rêve en cauchemar.

Exigence du partenaire brésilien

En effet, après l’étude de faisabilité  à l’Institut de Recherche Agricole (IRAD) à Yaoundé et une première visite d’une délégation d’experts brésiliens  le 22 octobre 2013 sur le site pilote du projet d’expérimentation  de la fabrication biologique des plants de cacaoyer situé dans la localité de Mengang, région du Centre. C’est la déception et le découragement du partenaire technique brésilien qui se font ressentir, selon nos sources. La cause : l’Etat du Cameroun  n’a pas encore honoré à ses engagements dans le cadre de la réalisation de ce projet de développement de la biofabrique de cacaoyer  qui va bénéficier d’une contribution du Brésil se limitant à l’assistance technique et au transfert intégral de technologie. Et la partie  brésilienne plongée dans la longue attente, selon nos informateurs, exige que la totalité du financement soit disponible avant leur apport.

Philemeon Yang, Premier Ministre camerounais

Les mêmes sources  nous apprennent qu’à la Société de Développement du Cacao (SODECAO), l’impatience et  l’optimisme  se côtoient en ce qui concerne le démarrage de ce projet évalué à 19 milliards 121 millions de francs Cfa selon l’étude de faisabilité  à l’IRAD de Nkolbisson.

Henri Eyebe Ayissi sous pression

Cette situation n’a pas laissé le Premier Ministre camerounais indiffèrent. Selon les informations de dernières mains en notre possession, Philemon Yang, avait instruit le 21 juillet 2016 au cours d’une réunion  relative à la coopération Cameroun-Brésil, au Ministre Henri Eyebe Ayissi de l’Agriculture et du Développement Rural «de tenir une concertation interministérielle afin de lui faire des propositions susceptibles de permettre le démarrage effectif » de ce projet.  Sous pression, le Minader a très rapidement  organisé cette concertation le 29 juillet 2016 au cours de laquelle deux principaux  facteurs retardataires ont été identifiés. A savoir : la nécessité de mobiliser la totalité du financement conformément aux très hautes instructions présidentielles du 7 septembre 2012 (encore non respectées) et le dépassement des contraintes de la réglementation en vigueur sur les marchés publics et sur le plan fiscal.

Des lenteurs du Minfi

En dépit des instructions du chef de l’Etat de 2012, seulement 7 milliards ont été mis  réellement à la disposition  de la Société de Développement du Cacao au titre des exercices 2014 et 2015. Il est à  signaler que le montant réservé pour 2016 n’a pas  été jusqu’ici, notifié à la SODECAO où le dégagement du financement additionnel est attendu. Ici, des indiscrétions de certains ingénieurs  dévoilent l’avis des experts brésiliens   qui conseillent qu’ il faudrait  d’abord  réunir tout le financement convenable pour que la biofabrique soit mise en œuvre dans les délais prévus dans l’étude de faisabilité réalisée par les experts de l’IRAD. Car, selon eux, « la fabrication biologique est une technologie dont tous les maillons techniques sont étroitement liés ».

D’autres mesures pourraient être prises pour démarrer ledit projet entièrement financé par le Cameroun. Au-delà des fonds attendus du département ministériel que dirige Alamine Ousmane Mey, la Sodecao a identifié une autre source de financement.

La contribution du FODECC attendue

C’est ainsi qu’au cours de la concertation interministérielle du 29 juillet 2016, la direction générale de la SODECAO a évoqué le rôle que peut jouer le Fonds de Développement des Filières Cacao-Café (FODECC) créé en mars 2006 par décret présidentiel n°2006/085 du 9 mars 2006,  pour le financement de ce projet. Le FODECC pourrait « apporter une contribution substantielle au projet, le reste pouvant être couvert  par le Ministère des Finances », avait-il relevé avant de renchérir : « Afin de permettre à la SODECAO d’apporter une contribution significative à la gestion de ce projet par l’utilisation directe des revenus du Cacao, il est souhaitable de porter la quote-part de cette société à la redevance à l’exportation du cacao à 50 voire 70 F Cfa ».

Yang Philémon interpellé  sur les verrous à faire sauter

Des indiscrétions des participants à cette concertation révèlent que la  réalisation de ce projet n’est pas à l’abri des difficultés liées à plusieurs contraintes de la règlementation fiscale et des marchés publics qui interpellent le Premier Ministre, Chef du Gouvernement. Ces facteurs  limitants sont entre autres l’exigence du visa préalable du Ministre des Marchés Publics avant tout paiement, l’enregistrement des marchés, la prise en compte de l’IR et de la TVA sur les marchés et l’exigence du paiement après service fait.

Proposition de la Sodecao au gouvernement

Interrogé par La Voix Des Décideurs sur les  difficultés liées au financement de ce projet,  William Brice Dzokou Dzokou, fiscaliste camerounais et chercheur sur les questions  de  Fiscalité et Finances publiques,  ne  s’est pas opposé  aux  propositions  de la direction générale de la Sodecao qui pense que  le démarrage de la Biofabrique nécessite actuellement une dérogation exceptionnelle sur les contraintes fiscale et réglementaire.  Parmi ces propositions, on peut citer l’autorisation des paiements sans recours au visa préalable du Ministère des marchés Publics, l’exonération spéciale  des droits  d’enregistrement et du paiement des taxes (TVA et IR) compte tenu du caractère social dudit projet,  et l’autorisation des paiements aux prestataires dès la signature des marchés.

Sauf meilleur avis, voilà une option  à la hauteur du défi que le Cameroun entend relever : la production  de 600 000 tonnes de cacao par an à partir de 2020.

 

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