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L’ancien vice Premier ministre malgache chargé du Développement et de l’Aménagement du Territoire, Hajo Andrianainarivelo,  trouve que le pouvoir actuel brade les « ressources du pays sans contrepartie claire ». Il parle de ses rapports avec la jeunesse malgache et de sa vision politique de faire de « Madagascar une grande île de l’égalité des chances ».

Se prononçant sur la question du   panafricanisme, l’ancien ministre de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation Hajo Herivelona Andrianainarivelo, pense que « L’Afrique doit avoir une relation décomplexée avec le reste du monde » devrait, pour réussir l’intégration économique, « commencer par instaurer un marché interafricain dynamique et ouvert ».

Monsieur Hajo Andrianainarivelo, comment se porte le parti ” Malagasy Miara Miainga”

Deux ans et quelques mois après sa création, le parti Malagasy Miara Miainga conforte sa position de grand parti à Madagascar. Notre premier congrès qui a rassemblé les représentants des 22 régions du pays prouve que le parti a continué son élargissement et confirme notre résultat lors de la dernière présidentielle où j’avais terminé à la troisième position. Chaque semaine, depuis le congrès le nombre d’adhérents, surtout des jeunes, ne cesse d’augmenter. Bientôt, nous serions présents dans chaque district et commune avec l’appui des deux associations affiliées que sont le VMMM (Femmes MMM) et le TMMM (Jeunes MMM). Notre objectif est de faire du MMM un parti populaire moderne tourné vers le futur et capable d’assurer l’alternance tant attendue par la population.

 Le MMM vient de déclarer son appartenance à l’opposition au régime actuel à Madagascar. Pourquoi ce virement non observé par le passé ?

Je tiens à vous rappeler que cela fait plus de deux ans que le MMM dénonce énergiquement les errements et les initiatives illégales dont le régime Rajaonarimampianina s’est rendu coupable.

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A l’occasion du congrès qu’il a tenu dernièrement, le parti a choisi d’officialiser sa position. C’est une question de principe et de respect des règles qui régissent notre formation politique. Il faut savoir également que notre Constitution fixe le statut de l’opposition et garantit son droit.

Cela étant dit, le plus important pour nous aujourd’hui est de prendre nos responsabilités car le peuple malagasy réclame un leadership fort de la part de l’opposition pour rompre avec la situation catastrophique dans laquelle Madagascar se trouve actuellement.

 Quel état des lieux faites-vous de la situation actuelle du pays ?

Madagascar est aujourd’hui un pays complètement ravagé par la pauvreté, l’insécurité et la corruption. Un pays peuplé par des gens en colère car extrêmement déçus par les promesses non tenues et les mensonges propagés au quotidien par ceux qui sont supposés les diriger.

Nous traversons l’une des périodes les plus malheureuses de notre histoire mais aussi l’une des plus dangereuses. Et pour l’actuel chef de l’Etat qui est critiqué de partout, l’erreur à éviter absolument est d’aller chercher l’épreuve de force  avec la population. Les arrestations illégales, les menaces et les intimidations n’apporteront rien. Pour sortir de l’impasse, il n’a qu’une seule alternative : remettre son titre en jeu, à travers une élection anticipée.

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Partout à travers le pays, les actes de justice populaire se multiplient, sans compter les morts et les blessés victimes du phénomène d’insécurité. Nous vivons dans une sorte d’oubli collectif des principes qui ont toujours régi notre société. A mes yeux, la situation actuelle résulte de la haine et de la rage engendrées par la mal gouvernance qu’incarne le régime en place.

Nous traversons l’une des périodes les plus malheureuses de notre histoire mais aussi l’une des plus dangereuses. Et pour l’actuel chef de l’Etat qui est critiqué de partout, l’erreur à éviter absolument est d’aller chercher l’épreuve de force  avec la population. Les arrestations illégales, les menaces et les intimidations n’apporteront rien. Pour sortir de l’impasse, il n’a qu’une seule alternative : remettre son titre en jeu, à travers une élection anticipée.

Et à ceux qui soutiennent que la communauté internationale n’est pas partisane de la tenue d’une telle consultation, je répondrai que c’est une fausse affirmation. De nombreux exemples, par le passé, ont démontré que la communauté internationale réagit dans la logique de la protection d’une population en péril quand la situation l’impose.

Au-delà du bilan à mi-parcours du Président Hery Rajaonarimampianina actuellement au pouvoir, quel regard portez-vous sur Madagascar 50 ans après l’indépendance ?

Sur le plan du développement, je pense que tout le monde est unanime pour reconnaitre que Madagascar a raté son décollage. Nous avions voulu l’indépendance mais avions continué à réagir et réfléchir comme si nous étions encore colonisés. Et tous les malgaches sont responsables de cette situation. Les dirigeants successifs donnent l’impression d’attendre des ordres pour prendre une décision et la population se plie au bon vouloir des décideurs non sans garder une rancœur qui aboutit quand elle atteint son paroxysme à des mouvements populaires de plus en plus violents.

La dégradation du système éducatif n’a pas arrangé les choses créant une société très inégalitaire où la richesse nationale est détenue par une très faible minorité. Aujourd’hui, il faut une vision claire  et une ferme volonté des dirigeants de rompre avec ce comportement. L’avenir du pays dépend de ce sursaut national avec une gouvernance transparente et moderne loin de la corruption, de l’enrichissement illicite et le népotisme et une volonté à respecter et faire respecter les lois.

Madagascar a tous les moyens humains et économiques pour réussir ce défi mais il faut se mettre au travail, ce qui n’est pas le cas du régime actuel plus occupé à profiter des richesses du pays pour se maintenir au pouvoir

 Que propose votre parti ou vous-même pour mettre le pays dans la bonne voie ?

D’emblée, je réitère en tant que citoyen et leader de l’opposition que Madagascar a absolument besoin d’un pouvoir légitime. Et celui en place ne l’est pas car il n’a pas la confiance du peuple. Il faut donc laisser les Malagasy aller aux urnes dans les brefs délais car, c’est une condition incontournable pour restaurer l’autorité de l’Etat et l’ordre public.

Deuxièmement, il faut faire passer les intérêts du pays en premier. Finis les contrats perdants-gagnants signés en cachette et qui ont coûté à la population des milliards de dollars de pertes. Le pouvoir actuel a bradé nos ressources sans contrepartie claire.

Notre vision c’est de faire de Madagascar une grande île de l’égalité des chances. Les jeunes, les femmes, les agriculteurs, les agents de l’Etat, les petits commerçants, les entrepreneurs auront les mêmes possibilités de réussir dans la vie.

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Notre vision c’est de faire de Madagascar une grande île de l’égalité des chances. Les jeunes, les femmes, les agriculteurs, les agents de l’Etat, les petits commerçants, les entrepreneurs auront les mêmes possibilités de réussir dans la vie.

Si les Malagasy nous accordent leur confiance, nous nous mettrons immédiatement au travail pour mener les réformes législatives et réglementaires visant à lever les obstacles pour atteindre cet objectif.

Je précise aussi que le Madagascar nouveau est à trouver par le bas, dans les ressources de son peuple par une politique claire et ferme de décentralisation. Les régions et les collectivités territoriales doivent être érigées en piliers du nouveau modèle de développement  socio-économique.

Quels sont les rapports de votre parti avec les jeunes de Madagascar ?

Le parti que je dirige a toujours entretenu un lien très fort avec la jeunesse malagasy. Ce qui explique sûrement la belle vitalité de notre section jeune appelée « TMMM » (Tanora Malagasy Miara Miainga) ou « Jeunesse ensemble pour le grand bond en avant ». Le pouvoir actuel ne mesure pas la profondeur du désarroi de la jeunesse du pays qui fait face chaque jour à une pauvreté tenace, agressive, chronique.

Je crois à la ferme volonté de la jeunesse Malagasy de changer le cours de l’histoire et en son génie pour donner à notre pays la place qu’il mérite.

Aujourd’hui, cette jeunesse réclame le vrai changement. Elle veut qu’une nouvelle page de l’histoire de Madagascar soit écrite. Un Madagascar juste et prospère où les richesses naturelles sont enfin exploitées de manière responsable et durable afin de mettre en place un système d’enseignement digne de ce nom, créer des emplois décents, construire des centres culturels et des infrastructures sportives.

Je crois à la ferme volonté de la jeunesse Malagasy de changer le cours de l’histoire et en son génie pour donner à notre pays la place qu’il mérite.

 Au cas le MMM prenait le pouvoir, quelles seraient les 5 premières priorités qui constitueront  votre action ?

Les priorités sont nombreuses pour sortir dans les brefs délais le pays de la grande difficulté dans laquelle le régime Rajaonarimampianina l’a enfermé. Mais j’estime qu’il faut avant tout mettre en place un cadre institutionnel répondant aux attentes de la population par le biais d’une réelle décentralisation, combattre fermement l’insécurité dans les villes et en milieu rural, instaurer un mécanisme de soutien à nos compatriotes les plus vulnérables surtout au niveau de l’éducation et la santé, trouver une solution durable au problème du délestage et rassurer les  acteurs du secteur privé pour qu’ils puissent de nouveau créer des emplois surtout pour les jeunes.

Ce sont des préalables à l’engagement d’un processus de sortie de la pauvreté et pour redonner de l’assurance à une population qui a perdu ses repères.

Monsieur le Président, nous ne saurons finir sans toutefois évoquer la question du panafricanisme qui occupe de plus en plus une place de choix dans les débats politiques dans  nos Etats africains. Comment appréhendez-vous l’action de votre pays dans la promotion de l’intégration régionale en Afrique ?

Les dirigeants africains ne doivent épargner aucun effort pour œuvrer en faveur du panafricanisme, au sens large du terme. L’avenir avec un grand A  de notre continent en dépend. L’Afrique a tout pour émerger dans tous les domaines : culturel, économique, géopolitique…

En tant que fils du Continent, même né sur une île, je me suis toujours engagé pour promouvoir et encourager la pratique de la solidarité entre les Africains où qu’ils soient dans le monde.

Les dirigeants africains ne doivent épargner aucun effort pour œuvrer en faveur du panafricanisme, au sens large du terme. L’avenir avec un grand A  de notre continent en dépend. L’Afrique a tout pour émerger dans tous les domaines : culturel, économique, géopolitique…

L’Afrique, à mon avis, doit avoir une relation décomplexée avec le reste du monde et la mondialisation ne doit pas se faire au détriment d’un pays ou d’un continent.  Cela va dans la tendance planétaire actuelle qui a abouti à la sortie du Royaume Uni du l’Europe ou encore de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

Mais un seul grain de sable pourrait provoquer l’écroulement de ce merveilleux monde que nous sommes en train de construire pour les générations futures. Je pense qu’il faut avoir un esprit de bâtisseur tout en étant très vigilant sur les risques comme la corruption, l’extrémisme ou encore la tentation de dominer l’autre.

Concernant l’intégration économique, j’estime que nous devons commencer par instaurer un marché interafricain dynamique et ouvert. Ce sera la porte vers une véritable intégration qui aboutira à une Afrique à l’économie diversifiée avec un tissu industriel développé.

© Interview réalisée par Marcien Essimi ǀ La Voix Des Décideurs

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