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Asani Akila Malongue, Sciences Juridiques et Politiques

Cameroun : La jeune diplômée au chômage Alice Grace Malongte écrit au Président

Sensible à la mini campagne de sensibilisation des jeunes camerounais à s’inscrire sur les listes électorales menée par le Cercle de Réflexions et d’Actions pour le Développement (Cerad) dans les réseaux sociaux depuis le  3er janvier 2016, Alice Grace Malongte, jeune diplômée au chômage, titulaire du Master des Hautes études européennes et internationales  au Centre international de formation européenne, a adressé une lettre  ouverte au Président de la République Paul Biya, dans laquelle elle évoque les déboires de la jeunesse camerounaise à quelques semaines de la Fête nationale de la Jeunesse. En  dénonçant la Françafrique à défaut d’accuser le « Système », Alice  Grace Malongte dit n’avoir « bien voulu naître de nouveau à l’époque du Renouveau ».

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Je vous écris une fois de plus en sachant que la probabilité que vous lisiez cet écrit est égale à l’espoir que nourrit cette Nation pour le changement : Faible (et c’est même un euphémisme). Je suis une jeune diplômée au chômage, une parmi tant d’autres qui espéraient pourtant avoir un emploi décent après toutes ces longues études. On nous surnomme “Longs crayons” / “Intellectuels” mais ventre affamé peut-il produire de la matière grise ? Lorsqu’on est affamé, on réfléchit peu voire pas, un drapeau est si vite devenu une simple étoffe que l’on peut brûler afin de réchauffer un cœur où l’amour pour la Nation est devenu un concept vide de sens. Notre équipe de football masculin reflète exactement ce sentiment : Personne ne veut répondre à l’appel de la Nation.

Toutefois, j’ai pu me trouver de multiples occupations, puisque la nature a horreur du vide : administratrice de groupe WhatsApp, e-activiste à temps partiel, félonne du Web, experte en débats sur les Réseaux sociaux. De temps en temps, je bois quelques bières généreusement mises à notre disposition par la SABC, je vais au pain-porc du carrefour Bastos afin d’admirer les belles voitures des “Bobôh”, des “Fils de…” et de ceux qui ne sont pas encore tombés entre les griffes de l’Epervier, je monte et je descends au rythme des mélodies endiablées de tonton Maalhox (Non, ce n’est pas un comprimé ; c’est l’un de nos artistes androïdes).

La CAN féminine aurait dû durer toute l’année afin que les couleurs de ma patrie me fassent oublier assez longtemps cette dure souffrance qu’est le chômage. Bientôt peut-être, je poserai un call-box devant mon portail ou j’achèterai une petite moto afin de transporter nos cher(e)s compatriotes, puisque notre politique nationale nous dirige vers l’informel. À quoi bon être médecin dans des hôpitaux délabrés, à peine équipés ? À quoi bon être magistrat lorsqu’il suffit de quelques pots de vin pour faire basculer votre impartialité ? À quoi bon être enseignant lorsque les élèves vivent dans un climat de peur et désertent les salles de classe ?

Monsieur le Président de la République,

Je ne suis une Lionne Indomptable qu’à mes heures perdues, parce que le vert, le rouge et le jaune ne me procurent pas vraiment un quelconque sentiment de fierté. Ce qui est censé être mon pays est devenu “le pays de Paul Biya”. D’ailleurs, Monsieur Sapin en passage au Cameroun disait sur Twitter que vous et votre femme l’avez invité dans VOTRE palais… J’ai dû lui rappeler qu’il s’agit du PALAIS DE LA NATION PRÊTÉ À L’UN DE NOS COMPATRIOTES POUR LES BESOINS DE SA FONCTION.

Dans mon propre pays, je n’ai même pas le droit de marcher dans la rue pour crier la rage qui me ronge de l’intérieur et que j’exprime silencieusement en scandant des paroles de Valsero (notre précurseur en matière de lettres). Comment aimer des individus qui ont mis les droits et libertés fondamentaux que nous confèrent la Constitution en quarantaine? Ce sont nos propres pères, frères, époux, qui, armés d’un fusil, traînent notre dignité humaine dans la boue pour peu que l’on veuille revendiquer ce qui nous est dû.

Beaucoup d’entre nous ne sont Camerounais que sur l’acte de naissance, mais aucun sentiment patriotique car des apprentis-sorciers ont assassiné notre amour pour la Nation. Nous cherchons à partir car notre pays est devenu “Le pays de Paul Biya”. Les plus chanceux réussissent à s’envoler pour l’Europe ou l’Amérique. On y va, on retrousse les manches et on travaille comme des esclaves afin de vivre comme des pseudos-rois car “à Paris, ça ne rit pas”. Mais quand on n’est pas l’enfant de…, on a surtout plus de chance de crever comme des animaux en Lybie, en Algérie, dans la mer méditerranée ou en Arabie Saoudite. Pour ceux qui restent par incapacité réelle de quitter le bateau, on se console en se disant “Que j’aille en Mbeng, il y a même quoi là-bas ? “. La joie avec laquelle on le dit n’a d’égale que la tristesse qui nous habite lorsqu’on se rend compte qu’à Mbeng, on ne salit pas ses chaussures dans la boue parce que des individus n’ont pas détourné l’argent pour construire la route.

Monsieur le Président de la République,

J’aurais pu aller combattre Boko Haram au Nord et mourir en martyr. “Martyr”? J’ai souvenance que ce mot n’appartient pas au jargon national, puisque nous avons la mémoire assez courte pour honorer les premiers qui ont donné leur vie pour la chère patrie. Quand je ne trouve plus aucune explication rationnelle à ce “Système”,  j’accuse les esclavagistes, les colons, la Françafrique, puisqu’il faut bien trouver un coupable. Mais 1884, c’est loin. Est-ce le Général Hans Dominik qui empêche les hommes du gouvernement et les élus du Peuple de faire convenablement leur travail ?
Nous voyons vos efforts d’intégrer la génération Android, d’être un “Papy de l’heure”, mais il vous faudra bien plus que des selfies et des comptes sur Facebook/Twitter. Encore faut-il comprendre cette jeunesse qui ne se fatigue pas de « coller les petites » et les petits au lieu de voir son avenir décoller, qui n’a pour seule ambition que d’être des Coco Emilia, qui ne croit pas au pouvoir des urnes malgré les affiches colorées d’ELECAM.
Je n’aime pas les dogmes, sinon j’aurais bien intégré l’Eglise des Représentants de Dieu et de ses Prophètes au Cameroun (RDPC). J’aurais bien voulu naître de nouveau à l’époque du Renouveau. En attendant la révélation divine qui me conduirait à acheter le pagne du parti, je me suis inscrite sur les listes électorales afin que par ma voix, les grandes réalisations prennent effectivement forme. J’ai encore une once d’espoir que nous pouvons sortir ce pays de l’impasse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect.

Alice Grace  Malongte

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