Le ministre camerounais de la Santé Publique, André Mama Fouda a présenté  à travers un point de presse ce mardi 21 février 2017, l’approche innovante « Test and Treat » de lutte contre l’ onchocercose qui provoque de nombreuses lésions sur le corps des victimes pouvant aller jusqu’à la cécité. Pourtant, des critiques sont émises quant à l’efficacité de cette innovation.

© Patricia Etonde (Stagiaire) ׀ La Voix Des Décideurs – L’ onchocercose est une maladie parasitaire transmise par les piqures de la mouche noire ou simulie, communément appelée « mout mout ». C’est une filaire qui sévit à des degrés divers dans les 10 régions du Cameroun et qui peut être à l’origine de nombreuses séquelles.

La lutte contre l’onchocercose au Cameroun débute dans les années 1990 par des expériences pilotes. Le gouvernement a reconnu et déclaré l’ onchocercose , au vu de l’ampleur de la maladie, comme maladie prioritaire et a mis en place le Programme National de lutte. Elle touche les zones endémiques à l’instar de Touboro dans le Nord, Ebeagwa dans le Sud- Ouest, Djone à l’Ouest, Lenouck, Ngongol, Bayomen dans le Centre, Mbebè dans le Littoral.

L’action du Programme National de lutte contre l’ onchocercose

La stratégie de lutte utilisée depuis lors est le Traitement à l’Ivermectine sous Directives Communautaires (TIDC) qui consiste à la distribution annuelle et gratuite de l’Ivermectine ou Mectizan par les Distributeurs communautaires choisis dans leurs communautés respectives. De 1999 à 2016, les personnes traitées par an sont passés progressivement de 528 172 à 8 126 816 soit environ 30°/° de la population du Cameroun.

A la suite des évaluations épidémiologiques de l’impact de ce traitement, les résultats s’avèrent satisfaisants pour les régions du Nord et de l’Adamaoua. Par contre, ces résultats demeurent insatisfaisants pour les régions du Centre et du Littoral où les prévalences demeurent élevées de l’ordre de 50 à 60°/° dans certains villages. L’insuffisance des résultats dans certaines parties du pays  s’explique par la survenue des effets secondaires graves qui ont engendré une réticence de certaines populations au traitement par le Mectizan.

Attention aux effets secondaires !

Les chercheurs furent donc sollicités par le gouvernement pour comprendre l’origine de ces effets secondaires graves. En effet, les équipes du Centre de Recherche sur les Filarioses et autres Maladies Tropicales (CRFilMT) et de l’Institut de Recherche pour le Développement  (IRD) ont démontré que ces effets secondaires étaient dus à la loase et que les personnes ayant de fortes doses de loase peuvent développer des effets secondaires après le traitement par le Mectizan. Le CRFilMT s’est également penché sur un protocole de prise en charge de ces effets secondaires qui est de nos jours utilisé au Cameroun et dans la Sous-région Afrique Centrale.

Mais surtout ces chercheurs du CRFilMT ont mis au point l’approche « Test and Treat ». Le principe de cette nouvelle approche consiste à tester systématiquement toutes les populations avant de leur administrer le Mectizan pour prévenir les effets secondaires graves.

« les populations ne doivent plus avoir peur des effets secondaires graves, car la nouvelle approche ‘Test and Treat’ permet de prévenir ces effets secondaires graves », indique André Mama Fouda.

[ads1]

L’innovation de l’approche  « Tester et Traiter »

Ce test est effectué grâce à un microscope miniaturisé appelé loascope qui en deux (02) minutes donne le résultat de la charge parasitaire de loase dans le sang. Cet appareil est le fruit des chercheurs du Centre de Recherche sur les Filarioses et autres Maladies Tropicales (CRiFlMT) et leurs partenaires de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) en France, de la National Institut of Health (NIH), de l’Université de Berkeley, et de l’Université de Michigan aux Etats – Unis.

L’expérimentation de cette approche menée en 2015 dans les six (06) aires de santé du district de santé d’Obala à savoir Obala, Mvoua, Ngoya, Nlong, Lobo et Ekekam 3 a produit des résultats satisfaisants. Sur les 27 267 personnes que comptent ces aires de santé, 15 600 d’entre elles ont accepté d’être testées puis traitées, soit un taux de 57, 2°/°. Fort heureusement, aucun cas d’effets secondaires n’a été enregistré. Selon le Ministre de la Santé Publique, André Mama Fouda, il a d’ailleurs été prouvé qu’en dessous de 20 000 microfilaires par millilitre de sang, le Mectizan est administré sans risque. Au-dessus de 20 000 microfilaires par millilitre de sang, le patient n’est pas éligible au Mectizan. Il peut par contre bénéficier d’un traitement à la doxycycline pendant sept (07) semaines.

[ads1]

La campagne 2017 de « Test and Treat » se déroulera de mars à avril dans les six (06) aires précédemment énoncées du district de santé d’Obala et que toutes les aires du district de santé de Soa à l’exception de la ville de Soa seront traitées de juillet à septembre 2017. C’est pourquoi le ministre de la Santé Publique à exhorter « les populations des districts de santé d’Okola et de Soa à être attentives aux communications sur le calendrier de passage, afin de ne pas manquer l’occasion de se faire traiter et tester. » Et d’ajouter que « les populations ne doivent plus avoir peur des effets secondaires graves, car la nouvelle approche ‘Test and Treat’ permet de prévenir ces effets secondaires graves ».

Ce point de presse s’est achevé par le remerciement d’André Mama Fouda, chef de ce département ministériel à tous les partenaires œuvrant dans la lutte contre l’onchocercose notamment l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le Programme de Donation du Mectizan, United State Agency for International Development (USAID) entre autres, ainsi qu’à toutes les communautés qui soutiennent le gouvernement dans la distribution du Mectizan, en vue de conduire notre pays le Cameroun, au stade de l’élimination totale de l’onchocercose, visiblement hypothétique.

 « Test and Treat » mis en cause

Cependant, de nombreux analystes et observateurs de la  politique publique en matière de promotion de la santé publique en Afrique s’interrogent sur l’efficacité à long terme de cette nouvelle approche car, en Afrique de l’Ouest, les programmes de lutte contre l’onchocercose privilégient une autre méthode d’intervention plus efficace : la lutte antivectorielle par épandages aériens hebdomadaires d’insecticides sur les ruisseaux et  les rivières au cours rapide  où se développent les larves du complexe Simulium damnosum, vecteur de l’onchocercose.

« De 1974 à 1989, la lutte antivectorielle a été le seul moyen de combattre cette maladie libérant de nombreuses zones de cette filariose grâce à l’interruption de la transmission pendant une période supérieure à la longévité du parasite chez l’homme, soit 14 à 15 ans » nous a confiés un professionnel ouest-africain des questions sanitaires.

Bien qu’efficace, cette méthode d’épandage des larvicides reste fort coûteuse au regard du besoin logistique et du développement spectaculaire des larves ; on en dénombre environ 24 générations par an. En somme, seule l’association des deux méthodes d’intervention- l’une chimiothérapique par administration à l’homme d’un microfilaricide, l’Ivermectine et l’autre, l’antivectorielle – peut garantir l’efficacité dans la lutte contre ce fléau.

[ads1]

Facebook Comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here