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Une attitude de Madame Jacqueline Koung à Bissiké, Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières lors de la cérémonie d'l’installation de Monsieur EBANG MVE Urbain Noël dans ses fonctions de Secrétaire Général du Ministère dans l’enceinte de l’Immeuble ministériel n°2, le 30 Décembre 2015.
Une attitude de Madame Jacqueline Koung à Bissiké, Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières lors de la cérémonie d'l’installation de Monsieur EBANG MVE Urbain Noël dans ses fonctions de Secrétaire Général du Ministère dans l’enceinte de l’Immeuble ministériel n°2, le 30 Décembre 2015.

Enquête sur la boulimie foncière suicidaire , une pratique répandue chez les élites camerounaises

denoncerUne certaine  élite camerounaise  ne camoufle pas son penchant effréné  pour la goinfrerie foncière suicidaire qui pourrait exposer le pays  à une crise dans les années à venir.  Enquête…

© Ongong Bella │ La Voix Des Décideurs –  Selon des documents officiels que nous avons consultés, durant les seuls mois de février et novembre 2012, Biyiti Bi Essam, l’ancien ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel) aurait obtenu 14 immatriculations directes à Mvoula dans le sud du Cameroun. Pour une superficie totale d’un peu plus de 119 hectares (1,19 million de m2).  Espace sur lequel, le ministre pratiquerait actuellement l’agriculture (palmier à huile, maïs, verger) et la pisciculture.

Le hic dans l’affaire c’est que, Biyiti Bi Essam aurait du mal à prouver une viabilisation de cette superficie avant le 05 août 1974 comme l’exigent les textes du régime foncier.

Autre chose, bien que Mvoula soit le village natal de ce dernier, toutes ces terres ne sont pas le fruit d’un héritage. Selon des témoignages recueillis sur place, l’ex-Minpostel a en effet dépossédé certains villageois de «leur terre» en leur promettant par exemple de trouver de l’emploi à un parent en ville. La jouissance paisible autre exigence de la loi, est donc aussi discutable dans ce cas. Mais n’empêche, Biyiti a quand même obtenu ses 14 titres fonciers.

Le cas Biyiti Bi Essam n’est pas une exception tant les immatriculations à grandes échelles tendent à se généraliser. « Au début, les Camerounais étaient raisonnables. Ils prenaient 1000, 2000 m2. Mais moi j’ai encore été saisi, il y a  deux semaines, du dossier d’un Camerounais qui a engagé une immatriculation sur 300 hectares (3 millions de m2). Il y en a de plus : 400 ha, 1000 ha». Jean Marie Bendégué, l’Inspecteur Général (IG) du Ministère des Domaines du Cadastre et des Affaires Foncières (Mindcaf), s’inquiétait ainsi devant les chefs traditionnels, le 11 décembre 2013 au cours de l’ouverture de leur atelier sur le foncier rural.

Trésor foncier

Selon nos sources, l’ancien ministre feu Koungou Edima possède en effet un titre foncier sur un domaine de 1986 hectares (19,86 millions de m2) à Nkoumassi par Mbalmayo. Abah Abah, un autre ancien ministre, aurait pour sa part un titre de propriété sur 348 hectares (3,48 millions de m2) à Meyila-Ekombitié par Zoétélé. Le magistrat Ngallé Eyoum, actuel Secrétaire Permanant de la Commission Nationale Anti-Corruption serait quant à lui, propriétaire de 100 hectares (1 million de m2) à Diwom dans le Littoral.

Pour ne citer que ces petits exemples que nous avons pu documenter. Il existe nombre d’autres pontes du régime, à l’exemple du président du Sénat, Marcel Niat Njifendji, dont le trésor foncier est un secret de polichinelle.

Dans des mémorandums qu’elles adressent régulièrement au Président de la République du Cameroun, les populations autochtones de Ntougou-Golf, l’un des quartiers les plus chics de Yaoundé, accusent des collaborateurs du chef de l’Etat d’avoir profité du lotissement de leur village pour acquérir frauduleusement des parcelles de terrain. Il s’agit des ministres André Mama Fouda et Pierre Hélé, de l’ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge, des anciens ministres Marafa Hamidou Yaya, Rémy Ze Meka ou encore de l’ancien directeur général à la Sûreté Nationale, Pierre Minlo Medjo. La presse fait aussi régulièrement écho des cris de désapprobations des populations spoliées de leurs terres par des personnalités usant de leur position.

Mémorandum des peuples autochtones Bororo

Dans son édition du 29 janvier 2014, l’hebdomadaire Repères a publié un mémorandum des peuples autochtones Bororo de l’Adamaoua adressé au président de la République.

Dans ce document, cette communauté dénonce l’expropriation abusive de ses terres par le ministre des Marchés publics Abba Sadou. Essimi Menye, lui,  a même été accusé d’avoir procédé par la ruse. «Les représentants de M. Essimi (M. Bisse Emmanuel et autres) sont venus rencontrer mon grand-père avec une somme de trois millions pour négocier la vente de 100 ha de terre au village Bah par Mekomba. Ils ont profité de mon absence et de l’âge avancé de mon grand-père, handicapé, aveugle et sourd pour s’implanter et réaliser les champs de cacao à perte de vue sans aucune négociation avec les propriétaires terriens», confiait Nkodo Melongo à Joseph Fa’a lors de sa mission.

Le 24 mars 2012 déjà ce dernier adressait une requête d’opposition au préfet  de Haute Sanaga rester à ce jour lettre morte. Et aujourd’hui, estime le président l’APEDHO, se sont environ 1000 ha qui sont exploités par les hommes l’ancien ministre de l’Agriculture et du Développement rural.

 «La faute à qui? »

Selon les témoignages du personnel travaillant dans ses exploitations et des chefs traditionnels de villages concernés, l’achat et la viabilisation de la plus part des parcelles des personnalités citées date des années 2010. Et pourtant, à la délégation départementale des Domaines du Cadastre et des Affaires foncières de la Haute Sanaga, on assure que Ngoh Ngoh, Ïvo, Mme Mbarga Nguelé, Mme Bidoung Mkpatt et Antoine Samba ont déjà un dossier dans ce service avec bornage sur le terrain.

Ce qui laisse soupçonner que la commission consultative aurait dans certains cas fermée les yeux sur l’exigence de la mise en valeur avant août 74 faite par la loi foncière pour prétendre à une immatriculation directe. Surtout que les populations ne semblent même pas au courant de ce qui se passe.

Une pratique bien commue de l’inspecteur général du ministère du des Domaines du Cadastre et des Affaires foncières : «Il y a une génération des Camerounais (90, 2000 voire 80) qui ont des titres fonciers aujourd’hui, mais dont on sait tous qu’ils sont frauduleusement obtenu. (…) Quand on se réunit en commission, on considère comme un crime le fait  de ne pas permettre à un Camerounais d’avoir son titre foncier. Alors on ferme les yeux. Même là où il y a  la savane, la forêt… on met cultures maraichères, cultures fruitières cultures maraichères…On dit n’importe quoi pour dire qu’il y a une mise en valeur, on vous dit qu’il y a pas d’opposition que tout le monde est content…on sait qu’on aide un Camerounais.», dénonçait Jean-Marie Bendegue à l’ouverture de la semaine du foncier rural organisé du 11 au 15 décembre 2013.

denoncerPour le président de l’association des promoteurs immobiliers du Cameroun, l’essentiel de ces immatriculations à grande échelle tiennent d’ailleurs au non-respect de la loi. «Le problème c’est la corruption des membres des commissions consultatives qui font des constats des mises en valeur complaisantes. Est-il possible que quelqu’un est mis en valeur 50, 100 hectares de terrain avant 1974 alors qu’il n’existait même pas des tronçonneuses ? »

 Les autorités administratives, qui sont généralement à la tête de ladite commission, plaident leur impuissance : « Monsieur le journaliste, de vous à moi, que vaut politiquement un sous-préfet devant un ministre qui cause avec nôtre patron (le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation)? Vous pouvez faire votre rapport vous l’envoyé. Arrivé là-bas, on le classe et on vous fait des problèmes.», justifie l’un d’entre eux. Et pourtant, si ces derniers exerçaient réellement le  pouvoir que leur confère le décret n° 76-166 du 27 avril 1976, fixant les modalités de gestion du domaine national, une bonne partie des problèmes d’accaparement des terres seraient résolus.

A la gouvernance libérale qui, à coup de codes législatifs conciliant ou de zones économiques spéciales, favorise l’investissement privé agricole. Surprise, ce ne sont pas que les firmes étrangères, les spéculateurs qui mangent les terres. Mais aussi, à 47%, des élites locales: des hommes politiques, des hommes d’affaires, des chefs et des dignitaires religieux, et même des responsables de coopératives agricoles.

On savait les acquéreurs étrangers étaient des investisseurs et des spéculateurs, de grands groupes industriels, mais pas que des acteurs locaux –parfois avec nombre d’abus de pouvoir, de la corruption– privent leurs propres forces vives de leurs terres. Le pire, c’est qu’on leur cède des terres pour trente ans, parfois jusqu’à quatre-vingt dix-neuf ans. Et que, derrière les promesses d’aide à la construction aux écoles, aux hôpitaux, rien ne vient. A part, quelques panneaux sur lesquels il est inscrit: « Attention, terrain privé ».  Et puis, cela divise aussi les communautés.

Non valorisation des terres

Autre sujet de préoccupation: les jeunes et les femmes sont très souvent opposées aux cessions ou aux ventes massives des terres agricoles. Les jeunes estiment que l’égoïsme des aînés conduit ceux-ci à brader les terres sous prétexte qu’ils doivent en bénéficier avant de mourir. Les femmes, n’étant pas propriétaires terriennes dans la coutume, n’ont presque jamais leur mot à dire dans les négociations pour les cessions des terres communautaires.  Le pire, c’est que près de 60% des terres capturées ne sont pas mises en valeur.

 

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