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Source photo : sputniknews.com

Sergueï Lavrov : “La communauté internationale” veut remplacer le régime et non régler la crise syrienne

 denoncez Ce qu’a déclaré le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov après son allocution  à l’issue de son entretien avec Jean-Claude Gakosso, Ministre des affaires étrangères, de la Coopération et des Congolais de l’étranger, Moscou, 14 mars 2017.

Sergueï Lavrov s’est livré au jeu question-réponse avec la presse russe et internationale. Lire un extrait de cet échange avec  les médias recueillis par La Voix Des Décideurs.

Question: L’équipe de tournage de la chaîne Russia Today a recueilli en Irak de nombreux enregistrements prouvant que les opérations de la coalition internationale visant à affaiblir les positions des terroristes de Daech en Irak faisaient souvent des victimes parmi les civils. Dans le même temps, les USA qualifient déjà cette opération de “plus précise de l’histoire”. Les médias internationaux gardent le silence, ce qui contraste très clairement avec les accusations de crimes de guerre que nous avons entendues en décembre 2016 pendant la libération d’Alep. Pourquoi les civils de Mossoul intéressent-ils moins les médias internationaux et la communauté internationale?

Sergueï Lavrov : Je pense que la réponse est très simple: ceux qui se font passer pour “la communauté internationale” en l’occurrence ont une position franchement préconçue. Ils ont pour objectif de remplacer le régime et non de régler la crise syrienne par des méthodes politiques et diplomatiques. C’était également le cas en Libye quand a été rejetée la possibilité réelle d’entamer un dialogue entre le gouvernement de Mouammar Kadhafi et l’opposition – dont vient de parler mon ami Jean-Claude – parce qu’ils voulaient la “tête de Kadhafi”. Cette obsession des vendettas personnelles, que ce soit contre Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein, Bachar al-Assad ou quelqu’un d’autre, n’a jamais conduit à rien de bon.

Je pense que la réponse est très simple: ceux qui se font passer pour “la communauté internationale” en l’occurrence ont une position franchement préconçue. Ils ont pour objectif de remplacer le régime et non de régler la crise syrienne par des méthodes politiques et diplomatiques.

Quand on cherchait, de manière hypertrophiée, à présenter les événements pour libérer Alep des terroristes – notamment ceux qui se déroulaient dans l’est de la ville -, de très nombreux faits étaient apparus, confirmant l’efficacité des actions de l’armée syrienne avec le soutien de l’aviation russe et de nos conseillers. De plus, on a démenti par les faits les accusations gratuites de violation des normes du droit humanitaire international. Voici deux exemples. Le premier concerne  les appels incessants à accorder immédiatement un accès à l’est d’Alep contrôlé par les terroristes pour y fournir des médicaments et des équipements médicaux pour les civils, car, affirmait-on devant le monde entier, “il n’y restait aucune pilule”. Quand l’est d’Alep a été libéré on y a découvert d’immenses quantités de médicaments et d’équipements médicaux en tout genre. Tout cela se trouvait dans les entrepôts de la ville contrôlés par les extrémistes, qui refusaient de donner un accès à leurs réserves à la population. Nous nous sommes assurés que la représentante de l’Organisation mondiale de la Santé en Syrie avait pris connaissance de la situation et avait envoyé les informations à Genève, au siège de l’OMS. Nous avons demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d’expliquer pourquoi avait été organisée une telle hystérie dans une situation où l’OMS disposait d’informations sur la présence de telles réserves de médicaments dans l’est d’Alep. Tous ceux qui criaient à ce sujet se sont tus honteusement.

Second exemple. Les accusations de crimes de guerre en violation du droit humanitaire international concernaient également l’opération de libération de l’est d’Alep. On exigeait que nous collaborions avec le CICR: c’était frapper à une “porte ouverte” car la coopération avec le CICR tout comme avec le Croissant-Rouge syrien avait été instaurée dès le début. Il y a littéralement quelques jours, le représentant du CICR a exprimé une haute appréciation de la manière dont nous avions coopéré avec eux et avec leurs collègues dans l’est d’Alep.

En ce qui concerne la couverture de la situation à Mossoul, mais également dans d’autres régions où les membres de ce qu’on appelle la coalition antiterroriste (qui sont plusieurs) mènent des opérations, vos collègues journalistes devraient ressentir une certaine responsabilité dans l’accomplissement de leurs devoirs professionnels.

Russia Today montre tout de manière très objective, du moins l’image présentée à l’opinion publique mondiale sur l’évolution de tel ou tel conflit serait absolument incomplète sans les reportages de vos correspondants. Les images de Mossoul que peuvent voir tous les observateurs impartiaux, selon moi, devraient suffire pour convaincre que la situation est très alarmante. Le nombre de civils qui ont fui Mossoul est certainement plus grand que celui qui a fui l’est d’Alep pendant l’opération pour sa libération.

Effectivement Russia Today montre tout de manière très objective, du moins l’image présentée à l’opinion publique mondiale sur l’évolution de tel ou tel conflit serait absolument incomplète sans les reportages de vos correspondants. Les images de Mossoul que peuvent voir tous les observateurs impartiaux, selon moi, devraient suffire pour convaincre que la situation est très alarmante. Le nombre de civils qui ont fui Mossoul est certainement plus grand que celui qui a fui l’est d’Alep pendant l’opération pour sa libération.

Hormis les journalistes qui travaillent dans les zone de conflits dans différents pays, j’appellerais également nos partenaires de l’Onu responsables du règlement des problèmes humanitaires dans différentes régions du monde, d’une part à être plus objectifs et d’autre part à être “offensifs” dans la présentation de ce qu’ils voient dans telle ou telle région de crise. Très récemment, une conférence a été organisée au Conseil de sécurité des Nations unies. Elle était conduite par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence Stephen O’Brien. Une image très tragique y était présentée, sachant que la situation en Syrie était jugée “loin d’être la plus difficile parmi les crises qui se poursuivent dans la région”.

Des statistiques sur l’Irak et le Yémen ont été présentées. Nous espérons que ceux qui sont préoccupés par le respect des normes du droit humanitaire international tiendront compte des informations présentées par Stephen O’Brien dans leurs démarches pratiques et notamment dans leurs déclarations.

Qu’attendez-vous des négociations intersyriennes à Astana? Le fait que l’opposition armée a refusé de s’y rendre réduit-il la signification de ce format? Comment la décision de l’opposition armée se reflétera-t-elle sur la coopération russo-turque concernant la Syrie étant donné que la Turquie est l’un des pays garants de l’opposition armée?

Nous étudions actuellement les dernières nouvelles avec nos collègues du Ministère de la Défense. Nous partons du fait que les raisons mentionnées – du moins dans les médias – comme étant des obstacles à la participation de l’opposition armée au prochain cycle de négociations à Astana ne sont pas convaincantes. On entend des références aux violations du cessez-le-feu mais ces dernières n’ont jamais cessé totalement, comme dans toute situation de ce genre. C’est un processus absolument naturel. Surtout, ces infractions sont bien moins nombreuses qu’avant la signature des accords fin décembre.

De plus, un mécanisme pour surveiller ces violations a été créé et fonctionne avec la participation de militaires russes et turcs. Tous les jours, ils échangent des informations sur les violations constatées. Actuellement nous sommes en train de concevoir un mécanisme pour réagir à de tels cas par des mesures vis-à-vis de la partie qui ne respecte pas ses engagements. C’est d’ailleurs l’une des questions qui figurera à l’agenda de la réunion d’Astana. Nous évoquerons également les paramètres pratiques de l’organisation du travail de déminage. C’est dans l’intérêt direct de la Syrie, de l’Onu, de l’Unesco et de tout État normal qui veut instaurer des conditions de vie normales sur les territoires où le cessez-le-feu a été décrété. Par conséquent, la création du mécanisme de déminage est un autre thème important.

Le troisième thème est l’accord sur l’échange de prisonniers. Sur toutes ces questions, nos collègues militaires ont préparé des propositions concrètes. Les ministères de la Défense devront fixer sur une carte les régions qui restent sous le contrôle des terroristes et celles qui ont été libérées de cette menace.

Bien sûr, il est important de ne pas seulement conserver cette situation – même par le biais des mesures de renforcement de la confiance et du cessez-le-feu – mais de profiter de ce progrès dans le renforcement de la sécurité pour accroître les efforts dans le cadre du processus de paix, ce qui implique notamment le début du travail sur la nouvelle Constitution syrienne. Nous avons également nos idées à ce sujet. Mais je le répète: nous étudions actuellement ce qui s’est soudainement produit avec la position de l’opposition armée. Hier j’ai discuté avec mon homologue turc Mevlüt Cavusoglu. Le Ministère de la Défense utilise ses canaux pour contacter la Turquie et directement les chefs des groupes de l’opposition armée. Nous avons toutes les raisons de croire qu’il s’agit tout de même d’un malentendu, mais quoi qu’il en soit la réunion d’Astana aidera à avancer sur la voie définie par la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Question: Selon les informations rapportées, les activistes de mouvements nationalistes ukrainiens bloquent depuis quelques jours le travail des agences de la banque russe Sberbank. Aujourd’hui un mur a été bâti à l’entrée de l’agence centrale. Le Ministre ukrainien de l’Intérieur Arsen Avakov a déclaré que le Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine se réunirait le 15 mars pour évoquer soit des sanctions contre le travail de Sberbank, soit le blocage du travail de la banque. Dans quelle mesure est-ce légal? Décrétera-t-on des sanctions de rétorsion si le travail de la banque était réellement bloqué?

A ce que je sache, la direction de Sberbank s’est déjà officiellement adressée aux autorités ukrainiennes compétentes pour demander de faire cesser ces tentatives de mettre des obstacles à l’activité normale des établissements bancaires du groupe. Nous espérons que les procédures qui sont applicables en l’occurrence conformément à la loi ukrainienne seront appliquées sans aucune politisation, car tout le monde a vu en direct “Azov”, le Pravy sector (Secteur droit) et d’autres énergumènes nationalistes sèment une véritable anarchie contre les agences de Sberbank.

En ce qui concerne les déclarations d’Arsen Avakov, le Ministre ukrainien de l’Intérieur qu’il dirige aurait pu utiliser plus efficacement ses pouvoirs il y a plusieurs semaines contre ceux qui tentaient de bloquer toute communication économique et de transport entre le Donbass et le reste de l’Ukraine. Je pense que c’est simplement une honte pour le Ministère de l’Intérieur et pour son dirigeant d’observer pendant des semaines comment des dizaines de néonazis sèment l’anarchie sur le territoire de l’État ukrainien. Ces derniers jours, des mesures semblent avoir été prises pour débloquer les barrages installés sur les voies ferrées et sur les routes. J’espère que l’État ukrainien réussira à utiliser son pouvoir pour empêcher une telle anarchie.

En ce qui concerne le secteur bancaire, je répète que la police ukrainienne doit tenir ses engagements, qui consistent notamment à lutter contre la justice sommaire et les actes qui enfreignent la loi et sapent le droit de propriété protégé par les lois ukrainiennes.

On rapporte que des spécialistes militaires russes seraient présents en Libye. Que pouvez-vous en dire?

J’ai lu les communiqués de certaines agences étrangères qui indiquent qu’elles auraient remarqué sur le territoire de l’Égypte, et non de la Libye, deux dizaines de spécialistes militaires et des drones. Je n’en ai pas entendu parler par d’autres sources. Quoi qu’il en soit, quand il s’agit de rumeurs sur les militaires, veuillez vous adresser aux militaires. Je peux dire seulement que nos diplomates (dont je suis responsable) ne sont plus présents en Libye depuis longtemps. Ils sont contraints de résider en Tunisie pour travailler sur tout ce qui concerne la Libye parce que ceux qui revendiquent le pouvoir dans ce pays n’arrivent toujours pas à faire en sorte de garantir la sécurité au moins dans la capitale. Dans ces conditions, nous trouvons évidemment regrettables les tentatives de présenter la situation libyenne comme déjà réglée et ne nécessitant pas un dialogue national entre tous les acteurs clés.

Pour revenir à ce que j’ai dit pendant mon allocution d’ouverture, nous soutenons activement les initiatives de l’Union africaine et du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye dirigé par le Président de la République du Congo, ainsi que l’initiative d’organiser une conférence sur la réconciliation avec la participation de toutes les parties libyennes.

© Propos recueillis par La Voix Des Décideurs

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