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Façade principale abritant les services du Premier Président et du Procureur Général Source photo: .coursupreme.cm/

Chaîne judiciaire camerounaise : L’aveu de défaillance qui vient de la Cour Suprême ?

denoncezLa leçon inaugurale du premier président de la Cour Suprême  Daniel Mekobe Sone lors de l’audience de rentrée solennelle de la haute juridiction le 22 février 2017 a traduit la reconnaissance d’une défiance du justiciable vers la justice camerounaise.

© Daniel Ebogo La Voix Des Décideurs –   « Si la justice travaillait ardument à être crédible, on ne serait pas à un tel stade de développement de la justice privée au Cameroun » a résumé un observateur de la scène judiciaire au sortir de la cérémonie d’audience qui se tenait à la Cour suprême. Ces propos forts lucides sont d’ailleurs un décalque, toutes proportions gardées, de l’avis exprimé par le bâtonnier Ngnié Kamga à la même occasion. Ce dernier a justement constaté la rupture du lien de confiance entre la justice et le justiciable et a tôt fait d’en appeler à sa restauration certainement afin que l’on ne tombe pas irrémédiablement dans l’anarchie.

Qui mieux que le président de la plus haute juridiction pouvait ajouter de la pertinence à ce constat d’échec ? Le remplaçant du mémorable Dipanda Mouelle qui s’est vu reconnu le mérite d’un franc parler rarement observé à un tel seuil de responsabilités au Cameroun essuie  en parallèle une salve de critiques liée au fait que jamais ses « mea-culpa »  ne sont suivis d’effet. Le Ntumfor Maître Nico Halle, président de l’assemblée générale des avocats de l’ordre du Cameroun l’a d’ailleurs fort bien fait remarquer à la sortie de l’audience solennelle. « Ils ont abordé les erreurs judiciaires l’année dernière, rien a changé, même pas la mentalité des magistrats » a-t-il déclaré.

Poudre aux yeux ?

De plus, il est dommage de devoir attendre que la Cour suprême doive se pencher à une obligation légale pour donner le sentiment et le change de prendre la pleine mesure de la distance qui se creuse entre les magistrats assis dans leur tour d’ivoire et les pauvres justiciables.

En  effet, si le président Mekobe Soné se donne la peine de faire cet examen introspectif c’est aussi parce que la loi demande qu’un tel regroupement se fasse chaque année. Ce sont les dispositions de l’article 33, alinéa 1 de la loi N°2006/016 du 29 décembre 2006 portant organisation et fonctionnement de la Cour suprême qui veulent qu’ « au début de chaque année judiciaire et au plus tard le 28 février, la Cour suprême tienne, sous la présidence du Premier président, une audience solennelle de rentrée à laquelle assistent également en robe, les chefs des cours d’Appel, des juridictions inférieures en matière de contentieux administratif et des juridictions inférieures des comptes ».

La question a presqu’envie de se poser par elle-même, faut-il attendre les yeux rivés sur le calendrier, le 28 février pour repenser la Justice au Cameroun ?

En tout état de cause, il faut croire que la justice au Cameroun a une forte part de responsabilité dans ce qui a été présentée comme « la réapparition des élans multiformes de la justice privée ».

Conséquence, les justiciables veulent plus que jamais se faire justice eux-mêmes  alors que l’on veut construire un Etat de droit. Les suspects de vol ou d’homicide involontaire, les locataires insolvables, les veuves, les voisins ou adversaires occasionnels, les citoyens nobles sont tués, agressés, spoliés de leurs droits ou sont victimes de lynchage médiatique. Ils sont condamnés et exécutés par des populations en mal de justice et « dominés par l’instinct grégaire qui replongent l’humanité dans son état primitif ».

Le président Daniel Mekobe Sone

 DANIEL MEKOBE  SONE  SENSIBILISE :

« Nous devons chercher à nous améliorer dans l’accomplissement de nos missions quotidiennes et dans chaque maillon de la chaîne judiciaire. »

Et de fait, le président Daniel Mekobe Sone reconnait tant bien que mal que cette dérive intolérable résulte d’une certaine faillite de la chaine judiciaire.  Une chaîne dont les maillons affaiblis sont les juges, officiers de police judiciaire, avocats, huissiers, notaires, experts, responsables des services publics, enseignants et justiciables. La situation est d’autant plus inquiétante que c’est la même justice qui est appelée à appliquer les sanctions réservées aux auteurs d’actes de justice privée, de lynchage sur les médias de masse et les réseaux sociaux, aux radios qui se transforment en tribunaux populaires, aux employés dont les patrons sont embastillés, aux villageois qui bloquent des chantiers et des routes.

C’est également un aveu d’impuissance du service public de la justice qui est établi par le premier président de la haute juridiction, tant le législateur est en retard sur la mise à niveau des lois par rapport aux réalités et aux aspirations des citoyens. Tant, le corps judiciaire doit se faire en toute urgence une mise à jour de ces capacités en matière de cybercriminalité. C’est une opération de reconquête de la confiance perdue qui doit être menée avec envergure.

C’est le même son de cloche qui transparaît du côté du procureur général  Luc Ndjodo, qui était l’autre communicant de la rentrée solennelle avec pour sujet une problématique des libertés publiques d’aller et de venir au Cameroun. C’est une répression présentée par le justiciable comme étant aveugle et dopée par des nécessités de préservation de l’ordre public et de la paix sociale. Allusion est faite aux réunions interdites à tour de bras, aux longues détentions provisoires et  à d’autres actes qui restent incompris et qui pourtant devraient tirer leurs sources dans les lois et règlements en vigueur au Cameroun.

 

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