Accueil >> Société >> Justice >> Cameroun / Liberté d’expression : Sale temps pour les contestataires
Fokouaban Célestin, une victime

Cameroun / Liberté d’expression : Sale temps pour les contestataires

La démocratie a encore du chemin au Cameroun . Fokouaban  Célestin  et ses acolytes sont en train de vivre la triste réalité depuis bientôt quatre mois  pour avoir activement  soutenu et participé   à visage découvert aux  mouvements de dénonciation de marginalisation  et de revendication à plus de liberté, de justice et d’équité.

Une chose est certaine, les meneurs des grands mouvements de revendication pour plus d’ouverture démocratique se recrutent généralement parmi de  nombreux frustrés et autres marginalisés du système sociopolitique et économique  actuel où les masses populaires ont du mal à se faire entendre relativement à leurs conditions de vie.

M.Fokouaban Célestin bien qu’ayant la volonté et des atouts certains, en tant que technicien, pour se trouver une place au soleil dans cet environnement hostile à ses convictions, fait  malheureusement partie de ces laissés pour compte qui, aujourd’hui croupissent dans la pauvreté, la précarité et le désespoir. Situation déplorable  qui entretient  chaque jour  en lui l’esprit de révolution, voire même de rébellion. Car de déboires en déboires, l’infortuné en a connu.

Tenez ! Tout commence en année 2000 avec l’ouverture, grâce au soutien de son frère aîné, d’un atelier en application mécanique qui a fonctionné  pendant environ 7 ans, et entre temps l’ouverture par son génie propre  d’un secrétariat bureautique dont il était simultanément gérant. C’est ainsi que, sans clarification aucune, l’administration des impôts l’a obligé de passer du régime de l’impôt libératoire, à celui de la patente réservé souvent aux entreprises de grande envergure.

Trop d’impôts, tuant l’impôt et les multiples cambriolages aidant, Fokouaban Célestin s’est trouvé contraint de fermer les portes, étant dans l’incapacité d’assumer les charges fiscales et autres. Ne pouvant pas supporter le chômage, il prend la décision de migrer clandestinement en Guinée équatoriale à la recherche d’une nouvelle situation. C’est ainsi que deux ans plus tard, il revient au Cameroun et s’achète une parcelle de terrain, puis retourne en Guinée équatoriale où il continue de vaquer  à ses occupations. Un an après, il  réussit à épargner 3 000 000 de FCFA.

Au moment d’invertir sur  son  terrain, il apprend par sa famille  que ledit terrain est litigieux. Il décide donc de s’acquérir un autre terrain. Malheureusement pour lui, la banque où est domicilié son argent est fermée définitivement boutique à sa grande surprise.

Après moult requêtes sans suite favorable, les nombreux clients malheureux de cet établissement financier sollicitent l’arbitrage du gouvernement de la République. Toujours sans suite jusqu’à nos jours. Un peu comme si ‘Etat avait démissionné de l’une de ses missions premières de sauvegarder les personnes et leurs biens. Depuis lors, indigné et frustré, M. Fokouaban, tel un revanchard dans la perspective de faire entendre la voix des sans voix, s’est allié de manière irréversible dit-on, à presque tous les grands mouvements de contestations au Cameroun, à l’instar du soulèvement  du peuple contre la vie chère en février 2008, baptisé « émeutes de la faim ».

Après plusieurs jours de manifestations violentes contre les institutions et  autres édifices publics, auxquelles il a pris une part active en tant l’un des principaux meneurs de l’organisation des casses, il a été arrêté  par les éléments de force de sécurité et transféré  dans une cellule  tenue secrète. Là-bas, selon certaines organisations de défense des droits de l’homme, ses camarades et lui ont été soumis à des traitements inhumains pendant 3 semaines environ, afin d’être libéré sous la pression de la communauté internationale. Suite à cette torture d’une autre époque, M. Fokouaban a retrouvé sa santé à l’hôpital régional du Sud-ouest où il a été pris en charge par des amis et connaissances.

Etant déjà fiché par la police spéciale camerounaise, il est contraint de vivre de manière très clandestine dans cette région anglophone du pays, compte tenu des multiples menaces de mort  dont il fait l’objet. C’est ainsi que craignant pour sa vie et de celle de sa famille, il trouve un autre moyen de glisser on ne sait par comment pour se retrouver une fois de plus en Guinée équatoriale où il se fait établir facile un nouveau passeport informatisé via le consulat du Cameroun à Bata.

Une fois de plus en Guinée, et à la faveur de son statut de technicien, il réussit facilement à trouver un travail stable. Un an après l’entreprise qui l’employait connait des difficultés consécutives à la chute du cours du pétrole sur le marché mondial. C’est ainsi qu’il se trouve une fois de plus en chômage. Faute de ne pouvoir renouveler son permis de séjour, il est rapatrié manu militari au Cameroun par la police guinéenne. Arrivé au Cameroun, il juge opportun de s’établir une fois de plus  dans la région du Sud-ouest notamment dans la ville de Buea où il vit  caché depuis 2014.   Comble de malheur, il trouve  une marche de protestation pacifique menée dans les rues de la ville par un collectif d’avocats et encouragée par certains leaders politiques de l’opposition pour dénoncer les inégalités dont serait victimes les anglophones au Cameroun. Situation  qui a réveillé en lui l’esprit de révolte d’hier. C’est pourquoi sans réserve aucune, il rejoint corps et âme le mouvement qui au finish s’érige en véritable chasse à l’homme.

Des avocats, des étudiants de l’université de Buea, des leaders politiques et de nombreux mécontents du régime de Yaoundé sont arrêtés, torturés et embarqués  pour une cellule infestée de tous les fléaux. Une fois de plus  Fokouaban fait partie de cette bande de « hors-la-loi » qui y ont séjourné pendant plusieurs jours sous des menaces multiformes et barbares  visant à les pousser, à tour de rôle par des interrogatoires,  à dévoiler leurs véritables commanditaires, en contrepartie de leur liberté.

Après quelques semaines de détention dans un lieu difficilement identifiable et lugubre, il a été libéré avec certains étudiants activistes à la faveur des pressions d’une  population compatissante  qui avait posé leur remise en liberté comme l’une des conditions essentielles du dialogue avec le gouvernement. Dans ce bras de fer, entre les pouvoirs publics et  le collectif des avocats et autres leaders politiques, la libération sans condition de toutes les personnes détenues est brandie  comme préalable à tout dialogue susceptible de décrisper la vive tension ambiante.  L’urgence pour le régime de Yaoundé étant que  les élèves et les étudiants reprennent absolument le chemin de l’école et du campus après  plusieurs semaines de débrayage dû à cette crise dans les régions anglophones du pays.

Chasse à l’homme

Dans cet environnement hostile à toutes velléités contestataires, la police spéciale est  en alerte. Presque tout le monde est soupçonné de conspiration contre l’unité nationale, notamment des personnes ayant déjà participé de près ou de loin à un soulèvement de masse ou alors celles déjà fichées à la police comme M. Fokouaban qui, selon des sources dignes de foi, serait  devenu un véritable indésirable dans son pays. Son crime  étant tout simplement d’avoir prêté une oreille attentive aux réclamations, somme toute, légitimes de ses concitoyens qui s’estiment marginalisés, en s’alignant avec détermination derrière leur aspiration à plus d’attention de la part du gouvernement.

Les multiples frustrations par lui subies dans son combat pour la survie,  ont également contribué à faire de lui un défenseur invétéré des libertés individuelles et collectives.

Aux dernières nouvelles, le spectre de la mort plane chaque jour sur sa tête du fait  des traques policières dont il est victime de manière récurrente. Aujourd’hui, il se raconte de plus en plus que cet  homme redoute fortement pour sa vie et celle de ses proches. Stressé, désorienté et ne sachant plus par où  et comme se tenir au Cameroun pour avoir la vie sauve, il aurait envisagé selon de bonnes sources de quitter définitivement le pays. Et comme Dieu n’oublie personne, telle une manne  tombant du ciel des valeurs, M. Fokouaban Célestin  aurait déjà reçu à cet effet  une proposition très engagée d’aide  de la part d’un collectif des ressortissants camerounais résidant  aux Etats- Unis.

Ces bienfaiteurs lui auraient demandé de garder l’anonymat sur leur identité, tout en lui laissant la latitude de choisir le pays d’accueil. Pour le reste ils s’en occuperont. Vivement que ce fervent défenseur des libertés puisse trouver  asile dans un environnement favorable à l’éclosion de son génie. Le meilleur étant à venir.

 

Source : Crises & Solutions, Edition du 07 février 2017

Notifications

GW Pharmaceuticals et sa filiale américaine annoncent la publication d’une étude révolutionnaire

GW Pharmaceuticals et sa filiale américaine Greenwich Biosciences, annoncent la publication d’une étude révolutionnaire sur …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Translate »