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Le triste sort de 132 esclaves abandonnés

 

Calvin Honoré Djouari, Enseignant et Ecrivain camerounais

Mercredi 10 mai 2017, sera célébré le souvenir de l’abolition de l’esclavage en France, institué par Jacques Chirac, une célébration qui demande que les archives soient mises à la disposition du public afin que ce dernier connaisse ce qui s’était réellement passé à certains endroits. Il y a esclavage, mais dans certains cas le sadisme et le cynisme s’y étaient mêlés, comme l’histoire de l’île de Tromelin dans l’océan Indien, que je m’en vais vous relater.

A l’aube du 26 juillet 1761, un navire quitte Madagascar, avec une cargaison de bois d’ébène, trafic interdit dans ce pays, mais pour éviter les contrôles de leur contrebande et après cinq jours de voyage, le capitaine du navire et son pilote ne s’accordent pas sur le chemin à prendre en plein mer, pendant qu’ils s’entrelacent dans des vaines querelles le navire dénommé « L’UTILE », s’échoue sur une grosse pierre et sa structure se casse, le bateau chavire, une grande partie de la cargaison coule, le navire était à deux cent mètres de l’île appelé Tromelin, une petite terre déserte et inhabitée.

Mais outre les tonnes de bois d’ébène, il y avait dans la cale du bateau, 132 esclaves , cet accident va causer la mort de 72 esclaves et 20 marins de suite de noyade, les survivants se retrouvent dans un isolement total du monde, le capitaine et quelques six marins survivants vont utiliser les coques et fabriquer une pirogue de fortune avec laquelle ils retournent dans une île française proche, la première île est à 500 km de là.

Les négriers laissent dans l’île les 60 esclaves survivants à qui ils promettent de revenir pour les chercher, mais ils ne reviendront jamais. La mer était calme, l’horizon superbe, les noirs demeurèrent dans un silence accablant au moment du départ de leurs maîtres qui partirent sans se retourner. Restés dans l’isolement total, avec tous les repères perdus, les esclaves survivent en mangeant des oiseaux, des crabes, des tortues, de poissons.

Contre leur gré les esclaves séjourneront 15 ans réussissant à organiser une vie comme les premiers primitifs d’alors de l’âge de la pierre taillée. Ils ne doivent leur chance qu’à un bateau accostant dans la zone, l’équipage avait aperçu de la fumée et ils se sont imaginés qu’il devait y avoir des hommes dans cette île. Ils vont relayer l’information aux préfet de l’île de la réunion, ce dernier enverra une expédition de 16 personnes, lorsque ceux-ci arrivent, il n’ y a plus que 9 esclaves encore vivants, 15 ans après. Des personnes hébétées, hirsutes, soyeuses, affreuses, fatiguées par la souffrance mais qui ont encore la force de pousser un cri pour faire entendre leurs voix, il y a au total 7 femmes, un homme horriblement barbu, les couilles pendantes et un bébé de 8 mois qui pleure à longueur de journée.

Ces hommes semblables à des gueux balancent des branches de feuillages comme des foulards pour souhaiter la bienvenue à leur sauveur. cette histoire émouvante invita les abolitionnistes à se mettre debout, le 30 novembre 1776, ils sont conduits à l’île de la réunion et sont baptisés le même jour par l’évêque de la ville, le petit garçon est nommé Moise, et tous les esclaves de cette mésaventure sont affranchis par un décret préfectoral pour le reste de leur vie.

J’ai dédié un poème à ces esclaves qui paraîtra dans mon recueil , le voici pour finir.
Sur le chemin d’Amérique,
Cent trente deux hommes,
Sont tombés, dans l’océan salé,
Comme des fruits d’un l’oranger,
Ils ont pour seul repère,
Le vent, la pluie, le soleil, les flots.
Voilà l’héritage qu’on leur a légué.
A leur côté, se tiennent les maîtres ,
Qui scrutent l’horizon,
Ils perçoivent ce qu’est l’aventure humaine,
Qui fait douter tous les hommes,
Puis il finit par choisir de partir.
Sans mesurer l’ampleur de la douleur,
Qui étreint ses semblables,
S’en va Recommencer la vie à zéro,
Les esclaves qu’ils abandonnent,
Doivent reprendre les leurs,
Voici un moment de la vie,
Où des hommes sont dans le désarroi,
A qui on force de goûter,
L’amère solitude du désert de mer.
Quelle est donc cette vie !
Qui ne montre pas son lendemain,
Pourquoi l’esclave de l’homme,
Devient-il esclave de la nature !
Aucune réponse.
Les hommes debout,
retournent à l’âge des pierres,
Leur quotidien est signé,
C’est du sable, l’ombre, le soleil, les flots.
Ils n’ont plus qu’une seule connaissance,
L’heure du lever du soleil
Et celle de son coucher,
Et les maîtres partirent sans se retourner,
Les Esclaves regardaient s’éloigner,
Les seuls sur qui, ils comptaient pour leur salut.
Ils furent laissés libres,
Dans un grand combat.
En quelle langue est-elle écrite,
Un tel cynisme, une telle nostalgie,
Et une telle souffrance ?
Tout simplement parce qu’ils sont nés ?
Qu’on laisse les hommes mourir vivants ?
Pourquoi ne pas se souvenir ?
De la promesse du retour,
Voici venu le temps ,
Où l’homme rend à Dieu
Ce qu’il lui devait.
Dans cette île de l’enfer,
Où le jour a parlé,
Leurs cris nous sont parvenus
Là où ils avaient sucé,
L’amer fruit de l’océan,
Qu’aucune race ne pouvait goûter,
Ils ont vaincu, les orages,
Avec les seules armes qu’ils avaient
Du sable, de l’eau et du vent.
Un matin, deux matins,trois matins,
Et pour toujours.

 

 

Par Calvin Honoré Djouari, Enseignant et Ecrivain

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