Présidentielles 2018 : Quand les Africains rêvent de stars de foot comme présidents

L’élection présidentielle de fin mars 2018 en Égypte a donné jour à une situation inattendue.  Mohamed Salah, star de football égyptienne, a été plébiscité par plus d’un million d’électeurs alors même qu’il n’était pas candidat. Dans le même temps, l’hebdomadaire Jeune Afrique a fait (espièglement) de Samuel Eto’o, un candidat à la présidentielle camerounaise, au delà du canular… Analyse…

Mohamed Salah, star de football égyptienne / (crédit) sport360.com

Lorsque les résultats de l’élection présidentielle du Liberia sont tombés le 28 décembre 2017, à la surprise générale, on a découvert à quel point un profil d'(ex) footballeur vedette peut être compatible avec l’espoir d’un peuple. De facto, c’est avec une majorité importante, soit 61, 5%, que le peuple libérien choisissait de porter George Oppong Weah à la magistrature suprême. Âgé de 51 ans, le ballon d’or s’est retrouvé à la tête d’un pays en agonie où le peuple était clairement fatigué des tribulations politiques et politiciennes. In concreto, le peuple libérien avait besoin d’une alternative, besoin d’espoir, un espoir incarné par un ballon d’or de football. On se serait arrêté à cet exemple et le présenter comme un épiphénomène. Pourtant, le cas égyptien précédé de la facétie de Jeune Afrique sur la candidature de Samuel Eto’o Fils à la présidentielle camerounaise, viennent jeter un coup de projecteur sur un mouvement qui fait son bonhomme de chemin en Afrique.

Etoo à l’investiture de Georges Weah / (crédit) The daily chronicles

De ballon d’or à ballon d’or, le parallèle est donc vite envisagé avec la situation tout aussi inattendue qui s’est présentée en Égypte à la faveur de l’élection présidentielle 2018. En effet, selon le journal local Al Haram, Mohamed Salah Ghaly, footballeur international (encore en activité), ballon d’or (africain), certainement l’homme le plus populaire au pays des pyramides, s’est retrouvé bénéficiaire d’une forte quantité de votes des électeurs égyptiens.

En dernière analyse, les faits forcent l’analyse. Les Égyptiens en votant pour une star de foot non candidate, les Libériens en élisant une ancienne star et les Camerounais en inférant dans le débat public, l’éventuelle dimension présidentiable d’une autre star du foot, Samuel Eto’o , donnent à croire que le jeu politique est semblable aujourd’hui pour les Africains à un étouffoir. Aussi, les électeurs veulent respirer autre chose… rêver et espérer mieux.

En effet, alors que 25 millions d’Égyptiens ont exprimés leurs suffrages du 26 au 28 mars 2018, plus d’un million de personnes ont voté pour le pensionnaire de Liverpool qui est âgé seulement de 25 ans. Selon un observateur  “ Devant les contraintes d’aller voter qui pesaient sur les égyptiens, cela a été une alternative salutaire”.  En réalité, ce taux de 4% obtenu sans avoir été demandé est comme un appel d’air. Pourtant, les électeurs avaient le choix vers un autre politicien en lice comme candidat d’opposition, à savoir Moussa Mostafa Moussa. A lui, ils n’ont voulu accorder que 2%.

 

 

Échappatoire et rêve

Le 1er avril 2018, une interview (factice) de Samuel Eto’o titrée “Pourquoi je suis candidat à la présidentielle camerounaise” est publiée sur le site internet du magazine de Béchir Ben Yahmed. En réalité, Jeune Afrique s’est essayé à une facétie et a fait du ballon d’or, Samuel Eto’o fils, un candidat à l’élection présidentielle 2018 au Cameroun. Tout le monde a plus ou moins rapidement compris qu’il s’agissait d’un poisson d’avril “comme de tradition” selon l’hebdomadaire panafricain.

Mais, au delà du droit de réponse servi et de la tempête, aujourd’hui retombée, que faut-il comprendre par la réaction des Camerounais qui, il faut le souligner, étudiaient déjà cette “éventualité”. En effet, nombre d’entre eux se manifestait abondamment sur les réseaux sociaux surtout depuis les lendemains de l’investiture du président libérien à laquelle l’ex-buteur du FC Barcelone était d’ailleurs convié.

L’une des pierres d’achoppement qui fait (jusque-là) en sorte que l’éventualité d’une candidature de Samuel Eto’o ne rencontre pas beaucoup de sérieux tient généralement dans le fait qu’il a abandonné les études au lycée (comme George Weah d’ailleurs).

George Weah, président du Liberia, (crédit) France24

Cet état de choses n’est cependant pas irrémédiable car il est à noter que George Weah a été présenté à ces débuts en politique comme n’ayant pas fait de grandes études à la base.  Il a cependant su travailler cette aspérité en obtenant deux masters dont l’un en administration et l’autre en gestion à l’université Devry en Floride au États-Unis en 2013. Dans le même temps, il a fait ses classes de politique en se faisant élire comme sénateur.

En dernière analyse, les faits forcent l’analyse. Les Égyptiens en votant pour une star de foot non candidate, les Libériens en élisant une ancienne star et les Camerounais en inférant dans le débat public, l’éventuelle dimension présidentiable d’une autre star du foot, Samuel Eto’o ( que celui-ci se donne une posture politique ou pas), donnent à croire que le jeu politique est semblable aujourd’hui pour les (jeunes) Africains à un étouffoir. Aussi, les électeurs veulent respirer autre chose…comme un air de stars qui peuvent les faire rêver et espérer mieux.

 

 

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