EDITORIAL – Le Cameroun vibre au rythme d’une flambée sans précédent des injustices sociales et de la mauvaise gouvernance qui entraînent des revendications régionalistes, ethniques, tribalistes, claniques, corporatistes… Je ne parlerai pas de l’accaparement des terres sur fond de détournement des fonds destinés aux indemnisations des populations riveraines, devenu une bombe activée pouvant exploser à tout moment.

 

 

Le partage du gâteau national fait rage pendant que certaines communautés sont animées par des approches suprématistes. Le repli identitaire a connu un boom.
Et pour pallier cet état de choses, les idéologues de l’autochtonie font entendre leur voix. A côté de l’effectivité d’une décentralisation, réclamée, qui a trop tardé et qui peine toujours, certains politiciens pensent que la solution reste le retour à la fédération à 10 Etats.

D’autres proposent le fédéralisme communautaire comme panacée pendant que les partisans de l’Etat unitaire décentralisé demeurent fermes. Certains frustrés ressortissants du Levant sont susceptibles de créer un mouvement qui pourrait, si rien n’est fait, aboutir aux revendications indépendantistes. La majorité silencieuse de la Lékié rumine plusieurs déceptions à la suite des promesses non tenues de Paul Biya. Devant le Palais Présidentiel à Mvomeka’a, plusieurs jeunes du Dja et Lobo ont manifesté en octobre dernier leurs déboires en réclamant les financements des projets accordés dans le cadre du Plan triennal jeunes.

 

 

 

A ce jour, le pourcentage accordé à chaque région dans le cadre de l’équilibre régional est aujourd’hui mis en cause. La pétition lancée par les fils du Levant qui propose 10 à chaque région enregistre un écho favorable. Et à nos yeux, cette proposition semble aujourd’hui, équitable. Tout comme l’idée de redécoupage administratif demeure pertinente.

Si le discours de Paix, d’Amour, de Pardon, de Tolérance, de Retenue, la Pondération et de Réconciliation, du Médiateur Universel, le Prof ShandaTomné, l’idée d’un arrondissement, un député ; d’un village, un conseiller municipal ; et de la représentation de la diaspora au parlement et au sein de chaque collectivité décentralisée, reste aussi pertinente.

Après les évènements malheureux de Sangmélima, dans une interview accordée au media grand Afrique54.net en octobre 2019, Théophile Edjou Ndo, Chef traditionnel dans l’arrondissement de Biwong-Bulu dans le département de la Mvila, pense que le statut spécial proposé pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest «pourrait engendrer toute une série de revendications, notamment dans les régions de l’Extrême-nord avec Boko Haram ».
Quelques mois plus tard, le « Mouvement 10 millions de Nordistes » est né. Un mouvement régionaliste qui semble n’avoir pas laissé indifférente la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et le Multiculturalisme. Car, la Commission Musonge vient d’achever une mission dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord du pays.

Pour certains observateurs de la scène sociopolitique, ce périple de Peter Mafany Musonge et ses collaborateurs, est une réponse au « Mouvement 10 millions de Nordistes », qui a observé un silence assourdissant à la suite des récentes nominations à forte coloration tribale, à la direction générale des Impôts conduite par un fils du Sahel. Nominations ayant la signature d’un Ministre des Finances, gendre du «Grand-Nord ».

 

 

Autre curiosité. Pourquoi ce mouvement n’est-il pas né lorsque tous les députés originaires du Grand-nord, menaçaient de démissionner du parlement en 2008 lorsque la Communauté exigeait 60% dans le cadre des recrutements à l’Ecole Normale de Maroua à côté du magma des faux diplômes détectés? L’Est, aussi lésée, s’est lancée dans la même dynamique quelques années après, et Paul Biya n’a pas cédé à sa demande.

La Commission Musonge a vraiment du pain sur la planche, est allée, de manière voilée tenir un autre discours, loin du repli identitaire, à nos compatriotes du septentrion. Elle est allée exalter l’Unité Nationale.
Car, il est temps de mettre fin à tout discours ayant trait à la haine, au tribalisme et au repli identitaire. Il est donc urgent et impératif que les politiques publiques élaborées et mises en place tiennent compte des aspirations des populations locales.

 


Par Marcien Essimi ⌊  marcieneb67@gmail.com ]

 

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