Projet Miner Ngoyla / Mbalam au Cameroun  – Les ONG choisissent de ne pas battre le fer

 Au moment où les premiers signes de l’exploitation des minerais de fer de Ngoyla / Mbalam se font voir, certaines organisations de la société civile au Cameroun ont perdu le sommeil face aux menaces sur la biodiversité. Mais comme d’habitude, elles s’attaquent aux conséquences et non aux causes.

 

Ngoyla  –  La scène se déroule en 2O13. Raul Mateus Paula, l’Ambassadeur, Chef de la Délégation de l’Union Européenne au Cameroun était venu transmettre au Ministre des Forêts et de la Faune les avertissements synonymes de lignes rouge à ne pas franchir, face aux rumeurs d’attribution, pour exploitation de 09 Unités Forestières d’Aménagement dans le massif Ngoyla-Mintom-Mbalam, jusque-là gelées pour préserver la biodiversité et en attente de compensations environnementales.

Ngole Philip Ngwese, Ministre à l’époque, dans un ton plutôt pédagogique, lui expliqua que, face aux menaces sérieuses d’attribution des titres miniers, l’exploitation forestière était une option salutaire pour une raison simple: elle ne fait que le prélèvement et constitue un événement majeur de déforestation de moindre importance par rapport à l’agriculture industrielle et l’exploitation minière. 2026, treize années plus tard, nous en sommes là avec l’attribution effective d’un titre minier dans le même espace, amorce du grand projet minier transfrontalier Cameroun/Congo et la construction d’une ligne de chemin de fer jusqu’au port en eau profonde de Kribi.

 

Echos inaudibles de la forêt

Dans un communiqué signé le 1er juillet 2026, issu de leur rencontre du 11 et 12 juin à Mbalmayo, une coalition d’une vingtaine d’organisations dites de la société civile camerounaise engagées dans la conservation et la gestion durable des forêts, la protection de l’environnement et de la défense des droits humains dans l’exploitation des ressources naturelles tirent la sonnette d’alarme pour dénoncer toutes ces activités anthropiques susceptibles de perturber l’équilibre de la biodiversité.

Sur la sellette « le permis d’exploitation minière attribué à Cameroon Mining Company par décret N° 2022/395 du 17 aout 2022 couvre une superficie de 768 542,3 km2 dans la commune de Ngoyla empiète un périmètre de 40 038 ha de la partie sud de la réserve de faune éponyme, ainsi que l’intégralité de la forêt communautaire de Djoko ». Elles relèvent au détour, l’absence apparente de consultation préalable des parties prenantes concernées et les risques divers sur les sites sacrés ; sécurité alimentaire et le bien être des peuples autochtones Baka, menace sur le droit d’usage et sur l’habitat naturel de la faune sauvage, aggravation des conflit Homme/faune et incohérence des politiques publiques face à la superposition des titres miniers et forestiers.

Approche concertée

Approché pour clarification, un haut responsable du MINFOF rejette en bloc ces allégations notamment les aspects concernant ce département ministériel en relevant que « la réserve de faune de Ngoyla fait l’objet de la surveillance régulière des services de terrain », il annonce que ces allégations feront l’objet d’un traitement pédagogique en temps opportun pour  permettre à ces associations de mieux comprendre les ressorts des politiques publiques dans le secteur forestier et de la faune au Cameroun. Réaction salutaire. Car, on ne risque plus d’assister cette fois-ci aux échanges épistolaires ONG/OSC/Gouvernement, une remise à jour parfaite de vieux cantiques sans bénéfices et sans portée pourla protection et la conservation de la biodiversité.

L’histoire lointaine du secteur forestier au Cameroun nous donne pourtant à voir. La construction du barrage hydroélectrique de Lom Pangar donna lieu au même scénario. La position des ONG et OSC plongea ce projet dans une situation statique qui eut pour effet le retard dans sa mise en œuvre et diverses tergiversations sur les enlèvements de bois. Au final, une solution radicale fut adoptée.

Faute de consensus sur le sort des riches essences ligneuses sur le site, il fut décidé l’ennoiement de milliers d’hectares de forêts. En l’absence d’évaluation, personne ne connait les conséquences environnementales d’une telle décision lamentable jusqu’à ce jour.Dans les faits, au fur et en mesure que se déploient les projets structurants au Cameroun, le champ d’expression des conflits entre les acteurs va s’éloigner des vrais enjeux au profit des échanges épistolaires qui ont fait leur époque.

Loin des conflits homme/faune qu’on veut éviter. Les experts sont pourtant formels : la réalisation de ces projets entrainerait une perte d’environ 2% du couvert forestier. Gouvernement/ONG et OSC doivent préparer une telle éventualitédans la sérénité. A condition que ceux qui ont les couteaux les rangent dans les placards.

 

Une correspondance particulière d’Arlette Minkréo pour La Voix Des Décideurs

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