Washington se prononce sur la vidéo attribuant des exécutions sommaires à l’armée camerounaise, Yaoundé présente les « éléments incongrus »

Dans une déclaration du porte-parole du département d’Etat américain, Heather Nauert, livrée le 16 juillet  2018, Washington  demande aux autorités de Yaoundé d’ouvrir une « enquête approfondie et transparente sur les événements décrits dans la vidéo ».

 

 

[ Marcien Essimi ǀ La Voix Des Décideurs ] – Selon Heather Nauert, sous-secrétaire d’État par intérim pour la diplomatie publique et les affaires publiques et porte – parole du Département d’État américain, « les États-Unis sont gravement préoccupés par la récente vidéo montrant des hommes portant des uniformes de style militaire qui exécutent deux femmes et deux enfants, dont un bébé ».

Dans sa déclaration de presse dont nous tenons une copie, l’ancienne correspondante d’ ABC News observe : « les médias internationaux, Amnesty International et les organisations camerounaises des droits de l’homme attribuent les actions décrites dans la vidéo à l’armée camerounaise ».

« Rendre ses conclusions publiques »

Heather Nauert recommande au gouvernement camerounais de publier par la suite les conclusiosn de cette qu’elle souhaite approfondie. « Nous appelons le gouvernement du Cameroun à enquêter de manière approfondie et transparente sur les événements décrits dans la vidéo, à rendre ses conclusions publiques, et si le personnel militaire camerounais était impliqué dans cette atrocité, tenez-les responsables », ajoute-t-elle.

« Tous les pays, y compris le Cameroun, doivent respecter leurs engagements et obligations internationaux et nationaux pour protéger les droits humains de leurs résidents », conclut Heather Nauert.

 

 

Enquête déjà ouverte…et la transparence ?

Il est noté que, l’ouverture d’une enquête recommandée par les Etats-Unis avait été lancée par les autorités de Yaoundé avant cette sortie Heather Nauert.  « Le Chef de l’État a prescrit l’ouverture d’une enquête conformément aux usages en la matière », avait bien avant relevé le porte-parole du gouvernement camerounais qui n’avait pas d’ailleurs relevé si celle-ci sera transparente.

En effet le porte-parole du gouvernement camerounais Issa Tchiroma avait fait le 11 juillet 2018  un cinglant démenti sur  cette vidéo qu’il qualifie de « fake news ». « La vidéo qui circule actuellement n’est rien d’autre qu’une malheureuse tentative de transfiguration de la réalité et d’intoxication du public, dont il est aisé de démentir la sincérité, au regard des éléments factuels contenus dans cet horrible trucage, avec des voix off approximativement apposées sur des séquences visuelles », avait indiqué le Ministre camerounais de la communication dans sa déclaration relayée par le site d’informations grand-public afrique-54.com.

Des éléments grossiers présentés par Yaoundé

Dans sa récente déclaration, Issa Tchiroma a partagé avec la presse camerounaise et étrangère « quelques éléments incongrus, qui ont été analysés par des experts en première appréciation lors des procédures d’authentification :

  1. les militaires qui sont impliqués dans cette opération présentent visiblement le même phénotype. Or, l’Armée camerounaise est une Armée nationale qui réunit en son sein toutes les composantes sociologiques de la Nation. De plus, il est d’usage dans les protocoles d’intervention de notre Armée que les opérations s’exécutent sans aucune considération des appartenances ethniques ou sociologiques ;
  2. l’élément vestimentaire étant fondamental dans l’identification d’une armée en rapport d’ailleurs avec l’environnement géographique, on note, à l’examen de cette vidéo que les hommes concernés arborent des uniformes bariolés pour certains de type « forêt », alors que le paysage et le relief indiquent clairement que l’on se trouve en zone sahélo-saharienne. En pareille circonstance, il est constant que les tenues de combat utilisées par l’Armée camerounaise sont toujours de type sahélien. Par ailleurs, toujours au registre de la tenue vestimentaire comme identifiant des Armées, les équipements individuels des militaires camerounais engagés dans la zone sont des équipements de combat conformes aux standards obligatoires de port de casques lourds, de gilets pare-balles et de chaussures de type bottes rangers. Ce qui manifestement n’est pas le cas des personnes contenues dans la vidéo ;
  3. les armes arborées par les présumés soldats présentés dans la vidéo ne sont pas celles utilisées par l’Armée camerounaise dans cette zone d’opération ;
  4. Un des hommes, se faisant appeler « le caporal-chef CHO CHO Sissignon », n’arbore aucun signe de son grade. Par contre, l’écusson parachutiste présenté n’est pas conforme au design de l’Armée camerounaise.

 

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