Et Dit Tôt | Sonatrel : jugeons les résultats, évitons les préjugés
Il existe une dérive inquiétante dans le débat public camerounais : celle qui consiste à juger les hommes avant les faits, les parcours avant les performances et les CV avant les résultats.
La polémique qui entoure aujourd’hui la Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL) en est une parfaite illustration.
Parce que son Directeur général est un ancien Administrateur civil, certains voudraient faire croire que l’entreprise serait condamnée à l’échec. Comme si la compétence se réduisait à un diplôme technique. Comme si le management d’une entreprise publique consistait uniquement à connaître les pylônes, les transformateurs ou les lignes à haute tension.
Cette vision est non seulement réductrice, mais profondément contraire aux principes modernes de gouvernance.
Le rôle d’un Directeur général n’est pas d’être le meilleur ingénieur de son entreprise. Il est de fixer une vision, mobiliser des équipes, sécuriser les financements, arbitrer les priorités, garantir la transparence de la gestion et produire des résultats.
Or, que disent les faits ?
Les faits disent que la SONATREL présente aujourd’hui un bénéfice net supérieur à un milliard de FCFA. Les faits disent que son patrimoine continue de croître. Les faits disent que des milliers de kilomètres de lignes de transport ont été construits ou renforcés. Les faits disent que des postes électriques sont mis en service, que l’autoroute électrique de 400 kV avance, que l’interconnexion avec le Tchad progresse et que le réseau national connaît l’une des plus importantes phases de modernisation de son histoire.
Ces chiffres n’ont pas été publiés sur les réseaux sociaux. Ils ont été validés par le Conseil d’administration présidé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, puis approuvés par l’Assemblée générale présidée par Gilbert Didier EDOA, représentant du ministre des Finances.
Autrement dit, les organes statutaires de l’État actionnaire ont examiné les comptes, les rapports et les performances avant de donner leur quitus.
Que faudrait-il de plus ? Faut-il désormais remplacer les audits financiers par des procès d’intention ?
Cette affaire révèle un problème plus profond : notre difficulté collective à reconnaître la performance lorsqu’elle ne correspond pas à nos représentations.
Dans toutes les grandes économies, les dirigeants d’entreprises proviennent d’horizons divers. Les meilleurs patrons du monde ne sont pas toujours des ingénieurs du secteur qu’ils dirigent. Ils sont avant tout des stratèges, des managers, des bâtisseurs d’équipes et des créateurs de valeur.
L’actuel Directeur général du Port Autonome de Douala, est un produit de l’Enam est-il mauvais manager ? Ses résultats ne sont-ils pas au vert ? L’ancien président de Renault, Louis Schweitzer, n’était pas ingénieur automobile. Jack Welch n’était pas ingénieur en turbines lorsqu’il a transformé General Electric. Jack Ma n’était ni informaticien ni spécialiste du commerce électronique lorsqu’il a créé Alibaba.
Pourquoi ce qui est admis partout ailleurs deviendrait-il impossible au Cameroun ?
Le mérite d’un dirigeant se mesure à ce qu’il produit, pas au corps auquel il appartient.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un Directeur général doit être soustrait à toute critique. Bien au contraire. Toute entreprise publique doit rendre des comptes, accepter l’évaluation permanente et faire preuve de transparence.
Mais encore faut-il que cette évaluation repose sur des indicateurs objectifs.
Les entreprises publiques ne doivent ni être sanctuarisées ni devenir les terrains de règlements de comptes intellectuels ou médiatiques.
À la SONATREL, le débat ne devrait pas porter sur le fait que son Directeur général ait été préfet. Il devrait porter sur la qualité du service rendu, la solidité financière de l’entreprise, l’état du réseau national, la réalisation des projets structurants et la satisfaction des usagers.
En démocratie comme en bonne gouvernance, les convictions sont respectables, mais les résultats demeurent le meilleur juge.
Et jusqu’à preuve du contraire, Prof, ce sont les résultats qui parlent aujourd’hui pour la SONATREL, même si notre souhait sincère est qu’ils soient améliorés.
Par Marcien Essimi , La Voix Des Décideurs












































