Géopolitique – Influence étrangère : La Russie détrône la France dans le regard des jeunes Africains

 

Selon l’édition 2026 de l’Enquête auprès des jeunes Africains, Moscou devance désormais Paris en matière d’influence perçue sur le continent. Un basculement symbolique qui illustre la recomposition des alliances africaines, particulièrement dans l’espace francophone, où la Russie a enregistré des avancées spectaculaires au Burkina Faso, au Congo-Brazzaville et au Tchad.


Par Abdoul Kader, La Voix Des Décideurs


Johannesburg , 02 août 2026 (LVDD) – Le rapport tombe comme un nouveau signal d’alarme pour Paris. La France, longtemps considérée comme l’acteur extérieur dominant dans une grande partie de l’Afrique francophone, voit son influence relative reculer auprès d’une génération qui n’a plus le même rapport à l’histoire coloniale. Dans le même temps, la Russie s’impose comme un partenaire de plus en plus visible aux yeux des jeunes Africains.

C’est l’un des principaux enseignements de l’Enquête auprès des jeunes Africains 2026, réalisée par la Fondation de la famille Ichikowitz et le cabinet PSB Insights auprès de 4 901 jeunes âgés de 18 à 24 ans dans 16 pays africains.

Selon cette étude, 54 % des jeunes interrogés estiment que la Russie exerce une influence importante ou certaine dans leur pays, contre 47 % pour la France. Une inversion spectaculaire, alors qu’en 2020, Paris dominait encore largement le classement avec 62 % d’influence perçue, contre seulement 37 % pour Moscou.

Le recul du « pré carré » français

Le résultat confirme une tendance déjà observée ces dernières années : l’influence française en Afrique n’est plus considérée comme acquise par les nouvelles générations. Dans plusieurs pays francophones, marqués par une montée du sentiment souverainiste et une critique croissante des anciennes puissances coloniales, Moscou a réussi à occuper un espace laissé vacant par Paris.

Le Burkina Faso constitue le cas le plus spectaculaire : 95 % des jeunes interrogés déclarent percevoir une influence russe dans leur pays. Un niveau record parmi les 16 pays étudiés.

Le Congo-Brazzaville arrive en deuxième position avec 69 %, suivi du Tchad avec 65 %. Ces trois pays ont, ces dernières années, renforcé leurs relations avec Moscou sur les plans diplomatique, sécuritaire et économique, dans un contexte de redéfinition des partenariats internationaux africains.

Paris conserve toutefois une image positive

Si la France recule dans les classements d’influence, elle ne disparaît pas pour autant du paysage africain. Parmi les jeunes qui reconnaissent son influence, 87 % considèrent celle-ci comme positive, tandis que 85 % la décrivent comme celle d’un allié important ou relativement important.

La Russie affiche des résultats comparables : 83 % de perception positive parmi ceux qui reconnaissent son influence et 86 % qui la considèrent comme une alliée.

Le duel Paris-Moscou ne se joue donc pas uniquement sur l’image, mais sur la capacité à répondre aux attentes d’une jeunesse africaine devenue plus exigeante.

La fin de la diplomatie sentimentale

Le message envoyé par cette génération est clair : les liens historiques ne suffisent plus. Pour 55 % des jeunes Africains interrogés, les pays du continent doivent privilégier les partenaires capables d’apporter des investissements, du commerce et des opportunités économiques, indépendamment de leur système politique.

Les anciennes solidarités historiques arrivent loin derrière. Seulement 15 % considèrent que les liens culturels ou historiques doivent être le principal critère dans le choix d’un allié. Désormais, les jeunes Africains évaluent les puissances étrangères sur des critères très concrets : infrastructures, emplois, technologies, sécurité et respect de la souveraineté nationale.

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Burkina Faso : le laboratoire du nouvel alignement africain

Le cas burkinabè concentre toutes les contradictions de cette nouvelle Afrique. Alors que le pays fait face à une crise sécuritaire majeure, il apparaît comme l’un des pays les plus optimistes de l’enquête.

Près de 60 % des jeunes Burkinabè estiment que l’Afrique avance dans la bonne direction, tandis que 83 % pensent que leur pays suit une trajectoire positive. Plus frappant encore, 91 % se disent optimistes ou enthousiastes concernant l’avenir du Burkina Faso, un niveau comparable à celui enregistré au Rwanda.

Cette confiance accompagne un rapprochement assumé avec Moscou par les autorités burkinabè, qui ont fait de la souveraineté nationale et de la diversification des partenariats un axe central de leur discours politique.

La Chine et les États-Unis restent incontournables

La montée russe ne signifie pas un effacement des autres puissances. Les États-Unis demeurent influents pour 81 % des jeunes Africains, tandis que la Chine atteint 79 %. L’image chinoise reste particulièrement favorable : 95 % des jeunes reconnaissant son influence la jugent positive, contre 85 % pour les États-Unis.

Pékin continue notamment de bénéficier de sa présence économique massive sur le continent, notamment dans les infrastructures, l’énergie et les télécommunications.

Une jeunesse qui revendique une nouvelle place pour l’Afrique

Au-delà des rivalités entre grandes puissances, l’étude révèle une aspiration plus profonde : celle d’une Afrique davantage maîtresse de ses choix. Ainsi, 80 % des jeunes interrogés souhaitent une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies afin d’accorder une représentation permanente à l’Afrique.

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Par ailleurs, si 73 % considèrent que la démocratie reste le meilleur système politique, ils sont 56 % à estimer que le modèle démocratique occidental ne correspond pas totalement aux réalités africaines et qu’un nouveau modèle doit émerger.

Le message de la génération montante

L’étude dessine le portrait d’une jeunesse africaine moins attachée aux anciennes alliances et davantage tournée vers l’efficacité. Pour cette génération, l’influence ne se transmet plus par héritage historique. Elle se conquiert par la capacité à investir, créer des emplois, transférer des technologies et respecter les choix souverains des États africains.

La Russie a gagné du terrain en Afrique en exploitant cette nouvelle demande. La France, elle, doit désormais composer avec un continent où son influence n’est plus une évidence.

La bataille des alliances africaines ne fait que commencer.

 

© La Voix Des Décideurs

 

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