EFRACAM : sous le sceau des Hautes Instructions, la bataille de légitimité qui oppose Paris au terrain camerounais

▌ Entre contestation de gouvernance en France, procédures administratives et premières Assises organisées au Cameroun sous le Très Haut Patronage du Président Paul Biya, l’EFRACAM se retrouve au cœur d’une bataille de légitimité dont l’issue devra désormais être tranchée par les instances compétentes.

Par Abdoul Kader, La Voix Des Décideurs

Yaoundé, Paris , LVDD –  Au commencement était l’acte. Puis vinrent les statuts, les assemblées générales, les signatures, les décisions administratives et, finalement, le juge.

L’Association des élus politiques et professionnels en France d’origine ou de nationalité camerounaise (EFRACAM), créée en 2015, traverse aujourd’hui une crise de gouvernance qui oppose deux camps se revendiquant chacun de la légitimité de représenter l’organisation. Le différend, désormais porté sur la place publique, dépasse la seule querelle de personnes : il interroge la gouvernance d’une association qui ambitionne de jouer un rôle dans la coopération entre la France et le Cameroun.

D’un côté, Pierre De Gaétan Njikam continue de se présenter comme président d’EFRACAM. Le site officiel de l’association consulté récemment le présente toujours comme président et détaille une mandature 2024-2027 articulée autour de la coopération décentralisée, des territoires et du développement de projets structurants au Cameroun.

De l’autre, un communiqué publié à la suite des assemblées générales extraordinaire et ordinaire du 4 juillet 2026 affirme que le Dr Georges Kibong A Mira a été élu président et que cette décision aurait mis fin au mandat de Pierre De Gaétan Njikam.

Deux récits, une même association, deux légitimités revendiquées : c’est désormais à la procédure et au droit de départager les protagonistes.

Le Haut Patronage présidentiel : un symbole qui impose de la rigueur

Au cœur de cette controverse figure un élément politiquement et institutionnellement sensible : les premières Assises d’EFRACAM organisées au Cameroun en juillet 2026 ont été présentées comme placées sous le Très Haut Patronage du président de la République, Paul Biya.

La presse camerounaise a notamment rapporté que ces premières Assises se sont tenues du 8 au 12 juillet autour de la contribution des élus de la diaspora au développement durable des territoires. Cameroon Tribune a fait état de rencontres à Yaoundé avec des élus locaux et d’échanges consacrés notamment à la coopération décentralisée et au développement local.

À Elig-Mfomo, le 9 juillet, la délégation conduite par Pierre De Gaétan Njikam a été accueillie par le maire Stanislas Ayissi. Les échanges ont notamment porté sur l’économie sociale et solidaire, la valorisation des productions locales et les perspectives économiques pour les populations.

Dès lors, une question institutionnelle s’impose : quelle est la portée exacte du patronage accordé à ces Assises et à quelle entité juridique celui-ci était-il attaché ? Cette question ne peut être réglée par des déclarations de presse. Elle appelle la production des actes officiels, des correspondances administratives et, surtout, l’établissement incontestable de la chaîne de représentation de l’association au moment des Assises.

Car le prestige d’un patronage républicain ne saurait remplacer les statuts d’une association. Mais, inversement, une querelle associative ne saurait non plus banaliser la portée institutionnelle d’un événement officiellement organisé au Cameroun.

4 juillet : le jour où EFRACAM bascule dans la controverse

Le 4 juillet 2026 constitue le véritable point de rupture. Selon le camp Georges Kibong A Mira, une assemblée générale extraordinaire et une assemblée générale ordinaire se sont tenues à Chevilly-Larue et ont débouché sur la mise en place d’un nouveau conseil d’administration. Le communiqué publié le 10 août affirme que le Dr Kibong A Mira a été élu président et que l’ancienne direction n’était désormais plus habilitée à représenter l’association.

Quelques jours plus tard, une seconde communication, attribuée à la nouvelle direction, défend la régularité des assemblées et affirme que celles-ci auraient été convoquées conformément aux statuts et au droit français des associations. Elle évoque également un dépôt du nom et du logo EFRACAM auprès de l’INPI le 6 juillet 2026.

Le camp Njikam conteste, pour sa part, cette lecture des événements et affirme avoir engagé des démarches judiciaires. La situation n’est donc pas celle d’une succession consensuelle. Elle relève d’un contentieux de gouvernance. Et dans ce type de conflit, les communiqués les plus tonitruants ne valent pas décision judiciaire.

Le terrain camerounais contre la bataille des communiqués

C’est précisément ici que les résultats revendiqués lors des Assises prennent une importance particulière.

Avant même la crise actuelle, EFRACAM avait développé une activité tournée vers la coopération décentralisée. Son propre site rappelle notamment des démarches auprès des collectivités camerounaises et des projets à caractère social et économique.

Les Assises de juillet ont voulu prolonger cette orientation. À Elig-Mfomo, la question du passage d’une logique d’assistance à une logique de co-investissement a été mise en avant. Des pistes ont été évoquées autour de la transformation du cacao et du manioc, avec l’objectif affiché de créer davantage de valeur localement et de contribuer à l’emploi des jeunes.

C’est là que se situe peut-être le véritable enjeu. Une organisation de diaspora ne se mesure pas uniquement à son organigramme parisien. Elle se mesure également à sa capacité à transformer ses réseaux, ses compétences et ses moyens en projets utiles aux territoires.

La coopération décentralisée ne peut être seulement une succession de cérémonies, de signatures et de photographies officielles. Elle doit produire des partenariats, des investissements, des compétences transférées, des emplois et des infrastructures.

Douala, Kribi : les partenariats comme test grandeur nature

Les perspectives évoquées autour des ports de Douala, Bordeaux et Kribi illustrent cette ambition de construire des passerelles entre collectivités, entreprises et territoires.

L’enjeu est considérable : transformer la relation entre la diaspora et le Cameroun en un véritable outil d’intelligence territoriale, capable de connecter les collectivités camerounaises aux réseaux économiques, techniques et institutionnels dont disposent les élus et professionnels de la diaspora.

Cette orientation correspond d’ailleurs aux objectifs affichés de la mandature Njikam, qui mettent explicitement l’accent sur la coopération décentralisée, les relations avec le secteur privé et la réalisation de projets structurants en France et au Cameroun.

Le conflit de gouvernance ne doit pas effacer l’enjeu de fond

C’est probablement là que se trouve le paradoxe d’EFRACAM. Alors que l’association dispose d’un objet statutaire tourné vers le rassemblement des élus d’origine ou de nationalité camerounaise en France, la promotion de leurs intérêts, la coopération décentralisée et les relations avec les partenaires, elle se retrouve enfermée dans une bataille autour de sa propre représentation.

La question fondamentale devient donc simple : EFRACAM doit-elle être définie par ceux qui revendiquent son contrôle ou par la mission qu’elle s’est donnée ? La réponse ne pourra être apportée ni par les titres universitaires des protagonistes, ni par le nombre de communiqués publiés, ni par les déclarations les plus offensives.

Elle devra reposer sur les statuts, les procès-verbaux, les conditions de convocation des assemblées, les listes de membres habilités à voter, les décisions administratives et, le cas échéant, les décisions des juridictions compétentes.

La justice comme arbitre, les réalisations comme juge du réel

Le contentieux est désormais suffisamment sérieux pour que les protagonistes aient intérêt à laisser les juridictions françaises établir les droits de chacun.

Le quotidien Mutations rapportait le 15 septembre 2026 que Pierre De Gaétan Njikam avait engagé des démarches judiciaires à Paris contre des personnes se présentant comme dirigeants ou anciens dirigeants d’EFRACAM. Le journal présentait également les accusations de « manœuvres frauduleuses » formulées par le camp Njikam, tout en les attribuant à leurs auteurs.

Parallèlement, le camp Kibong A Mira affirme que son assemblée du 4 juillet aurait été régulièrement organisée et que sa nouvelle gouvernance serait désormais la seule habilitée à représenter l’association.

Le dossier est donc loin d’être juridiquement clos.

Mais une autre vérité existe : celle du terrain. À Elig-Mfomo, à Douala, à Yaoundé et dans les autres territoires concernés, les populations et les collectivités attendent moins des querelles de gouvernance que des résultats comme des projets agricoles, les  partenariats économiques, les  équipements, les formation, les investissements et  les emplois.

Et une diaspora capable de transformer son expérience acquise à l’étranger en valeur ajoutée pour les territoires camerounais.

Le véritable respect des institutions se mesurera aux actes

Il serait donc réducteur de transformer cette crise en affrontement entre personnes. Le véritable enjeu est plus grand. Si le Haut Patronage présidentiel a été accordé à une manifestation portée par EFRACAM, sa valeur symbolique exige que tous les acteurs s’astreignent à la plus grande rigueur dans l’usage du nom, de l’autorité et des institutions de la République.

Mais cette même exigence impose aussi de ne pas confondre soutien institutionnel à une initiative et arbitrage d’un conflit interne à une association. Le Chef de l’État peut patronner une initiative. Les statuts organisent la vie d’une association. Et la justice tranche les litiges lorsque les parties ne parviennent plus à s’accorder.

C’est précisément cette séparation qu’il convient de préserver. EFRACAM existe depuis 2015. Elle a été créée pour fédérer des élus et professionnels français d’origine ou de nationalité camerounaise et favoriser notamment la coopération avec le Cameroun.

Son avenir ne devrait donc pas être déterminé par la victoire médiatique d’un camp sur un autre. Il devrait l’être par la capacité de ses dirigeants à démontrer, pièces à l’appui, leur légitimité et, surtout, par leur aptitude à transformer cette légitimité en résultats concrets pour les territoires.

Car, au bout du compte, les communiqués s’oublient. Les procès-verbaux restent. Les décisions de justice s’imposent. Mais les projets réalisés, eux, demeurent dans la mémoire des populations. C’est sur ce terrain-là que se jouera véritablement la crédibilité d’EFRACAM.

 

© La Voix Des Décideurs

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