Réforme foncière au Cameroun : Dr Henri Eyebe Ayissi hausse le ton et veut tourner la page du « monologue administratif »

▌Litiges, spéculation, insécurité foncière, chevauchements institutionnels : le MINDCAF veut poser les bases d’une nouvelle gouvernance de la terre au Cameroun.

 

Par Marcien Essimi, La Voix Des Décideurs

Yaoundé, LVDD  — Et si le véritable chantier de la réforme foncière camerounaise était enfin entré dans sa phase décisive ? Réunis le 30 septembre 2026 à Yaoundé, les acteurs de la gouvernance foncière ont été appelés à franchir une nouvelle étape : passer du diagnostic et de la concertation à l’arbitrage stratégique.

 

À la tribune, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Dr Henri Eyébé Ayissi, n’a pas seulement dressé l’état des lieux. Il a fixé une exigence : faire de la future politique foncière une véritable boussole pour le Cameroun des prochaines décennies.

Le message est clair : le statu quo n’est plus présenté comme une option. « L’immobilisme n’était plus de mise. Le Gouvernement de la République a pris l’engagement ferme de transformer ces défis en opportunités stratégiques. » — Dr Henri Eyébé Ayissi.

1974-2026 : un système à réinventer ?

Pendant des décennies, la gouvernance foncière camerounaise s’est appuyée principalement sur les ordonnances de 1974 relatives au régime foncier et domanial.

Mais plus d’un demi-siècle après, le pays a profondément changé : croissance démographique, urbanisation, développement des infrastructures, projets agricoles et industriels, exploitation minière, pression sur les ressources naturelles.

Pour Dr Henri Eyébé Ayissi, ces mutations imposent une nouvelle approche. Le problème n’est donc plus seulement de gérer les titres fonciers, les parcelles ou les procédures administratives. Il s’agit désormais de construire une politique foncière cohérente avec les ambitions économiques et sociales du Cameroun.

« La terre est tout à la fois la matière première pour la majorité des projets d’investissement, un élément primordial de paix et de cohésion sociales autant qu’un véritable levier de promotion du développement. » — Dr Henri Eyébé Ayissi

Le « monologue administratif » remis en cause

C’est probablement l’une des formules les plus fortes du discours. Le ministre reconnaît qu’une nouvelle méthode doit désormais prévaloir dans l’élaboration de la politique foncière.

L’objectif affiché est de rompre avec le « monologue administratif prédominant antérieurement » pour instaurer une démarche de concertation permanente et inclusive.

Cette nouvelle méthode entend associer administrations, Parlement, collectivités territoriales, autorités traditionnelles, société civile, populations autochtones, experts, investisseurs et partenaires techniques et financiers.

Le MINDCAF affirme avoir déjà recueilli les attentes et préoccupations des acteurs dans les différentes régions et lors de consultations thématiques.

La bataille contre les conflits fonciers

La réforme annoncée intervient dans un environnement où la question foncière touche directement à la paix sociale. Le futur dispositif devra notamment s’attaquer aux difficultés liées à la reconnaissance et à la sécurisation des droits fonciers des collectivités coutumières et des groupes vulnérables.

Le ministre propose notamment de dépasser une lecture strictement binaire opposant le titre foncier au secteur informel, afin de mieux prendre en compte les droits coutumiers et collectifs. Cette orientation donne aux autorités traditionnelles un rôle particulier dans le processus de réflexion engagé.

 

La terre : richesse nationale ou terrain de spéculation ?

Autre priorité : empêcher que les terres disponibles deviennent uniquement des objets de spéculation.  Le MINDCAF entend promouvoir une utilisation économique et rationnelle de l’espace, capable de soutenir la création de richesses, la souveraineté alimentaire et les investissements durables.

Mais le ministre insiste parallèlement sur la nécessité d’éviter « l’accaparement anarchique » et la spéculation foncière.

L’équation est donc délicate : faciliter l’accès à la terre pour les investisseurs et les grands projets, tout en protégeant les droits existants et en évitant les déséquilibres.

 

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Numériser pour sécuriser

La modernisation numérique constitue également l’un des piliers du projet. Le ministre veut une administration foncière capable de s’appuyer sur des outils numériques fiables, avec pour objectif affiché d’améliorer la transparence des transactions et de réduire les délais et les coûts administratifs.

La digitalisation du cadastre apparaît ainsi non comme une simple modernisation technique, mais comme un instrument de sécurisation et de transformation de l’administration foncière. « Il n’y aura pas de place pour des compromis superficiels ».

Le ministre a également choisi la fermeté pour évoquer les travaux de la plateforme. « Il n’y aura pas de place pour des erreurs ou des compromis superficiels. »

Cette déclaration place les participants face à leur responsabilité. La deuxième session de la PMAC doit notamment permettre de valider le diagnostic national sur la situation foncière, domaniale et cadastrale, puis d’examiner et d’enrichir le projet de Document de Politique Nationale. Autrement dit, le temps de la consultation doit désormais déboucher sur celui des choix.

 

Une « boussole » pour les prochaines décennies

Le futur Document de Politique Nationale est appelé à devenir, selon le ministre, la « véritable boussole stratégique » de la gouvernance foncière camerounaise.

Il devra notamment articuler sécurisation des droits, développement économique, aménagement du territoire, modernisation administrative, protection des groupes vulnérables, prise en compte des changements climatiques et décentralisation.

Cinq axes se dégagent ainsi des travaux : sécurisation des droits fonciers, optimisation économique de l’espace, accès aux terrains sécurisés pour les projets structurants, numérisation du cadastre et adaptation aux nouvelles contraintes climatiques et territoriales.

Le véritable test commence maintenant

Le discours du MINDCAF marque une étape importante dans le processus. Mais le succès de cette réforme dépendra désormais de sa traduction concrète.

Le ministre a annoncé la prochaine réunion de l’équipe interministérielle chargée de finaliser la réforme foncière et domaniale. Les conclusions de la PMAC devront alimenter cette phase. Des consultations sont également annoncées autour des futurs textes d’application. La question centrale devient donc celle de la mise en œuvre.

Comment passer des recommandations aux actes ? Comment réduire effectivement les délais administratifs ? Comment sécuriser les droits coutumiers ? Comment prévenir les conflits ? Comment rendre les transactions foncières plus transparentes ?

 

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