Gestion de la SONATREL : des résultats financiers positifs,  une défense ferme de sa gouvernance face aux critiques

Forte d’un bénéfice net de plus d’un milliard de FCFA au titre de l’exercice 2025, la Société Nationale de Transport de l’Electricité (SONATREL) que dirige Dr Victor Mbemi Nyaknga, affiche une santé financière en progression tout en faisant face à une polémique sur le profil de son Directeur général.  Entre les communiqués officiels de ses instances dirigeantes, la mise au point de sa Division de la communication et les analyses d’experts, le débat dépasse désormais le seul cas de l’entreprise pour interroger les critères de gouvernance des sociétés publiques camerounaises.

Par Aglaé Esso , La Voix Des Décideurs

Yaoundé 22 Juillet 2026 (LVDD)  – Réunie le 22 juin 2026 à Yaoundé, la Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL) a validé des comptes 2025 marqués par un bénéfice net supérieur à un milliard de F CFA et une consolidation de ses investissements stratégiques. Quelques jours  plus tard, l’entreprise publique est sortie de sa réserve pour répondre aux critiques visant le profil de son Directeur général, mettant en avant ses performances opérationnelles et les principes de gouvernance des entreprises publiques.

Le 22 juin 2026, le Conseil d’administration de la SONATREL a arrêté les comptes de l’exercice 2025 avant leur approbation par l’Assemblée générale.  Dans le communiqué final signé par Gaston Eloundou Essomba, Président du Conseil d’administration de la SONATREL et ministre de l’Eau et de l’Énergie, le Conseil souligne que l’entreprise poursuit une trajectoire financière positive.

Les comptes font apparaître un total de bilan de 354,18 milliards de FCFA, un résultat brut d’exploitation de 2,21 milliards de FCFA, ainsi qu’un résultat net bénéficiaire de 1,115 milliard de FCFA. Au niveau consolidé, le bilan atteint 765,72 milliards de FCFA, avec des capitaux propres de 136,77 milliards de FCFA et un chiffre d’affaires de 49,69 milliards de FCFA.

Le Conseil d’administration a également mis en avant les avancées enregistrées dans la modernisation du réseau national de transport d’électricité, notamment le projet du poste de Nyom II, la réforme des réseaux de transport, le futur projet RIS-RIM destiné à renforcer l’alimentation électrique des régions septentrionales ainsi que les différents investissements structurants engagés par l’entreprise.

 

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L’Assemblée générale valide les performances

Ces résultats ont été entérinés le même jour par l’Assemblée générale de la SONATREL. Dans le communiqué final signé par Gilbert Didier EDOA, Président de l’Assemblée générale et représentant du ministre des Finances, les actionnaires approuvent les états financiers arrêtés par le Conseil d’administration et confirment le bénéfice net de 1 115 754 093 FCFA. Une large partie de ce résultat est affectée au report à nouveau afin de consolider les investissements nécessaires au développement du réseau national de transport de l’électricité.

L’Assemblée générale félicite par ailleurs le Directeur général pour la qualité des documents présentés ainsi que pour les performances enregistrées dans la conduite des projets de l’entreprise.

Une mise au point officielle de la SONATREL

Quelques semaines plus tard, face aux commentaires remettant en cause le parcours professionnel du Directeur général, la Division de la Communication et des Relations Publiques (DCRP) de la SONATREL a publié une mise au point institutionnelle, sans signature nominative, engageant officiellement la position de l’entreprise.

La DCRP rappelle que les Administrateurs civils formés à l’ENAM disposent d’une formation couvrant le droit, les finances publiques, le management, les politiques sectorielles, les marchés publics et la gestion des ressources humaines.

Selon la SONATREL, la performance d’une entreprise publique dépend avant tout de la qualité de sa gouvernance, de l’atteinte des objectifs fixés par l’État et du respect des procédures, plutôt que du seul profil technique de son dirigeant.

L’entreprise met également en avant le parcours académique du Directeur général, présenté comme titulaire de formations spécialisées en gestion des ressources, en gouvernance et d’un doctorat en sciences politiques.

Pour étayer sa démonstration, la SONATREL rappelle les principales réalisations enregistrées depuis la signature des contrats de concession avec l’État en 2019 : plus de 3 000 kilomètres de lignes haute et très haute tension construites ou renforcées, la réalisation d’une autoroute électrique de 400 kV, le développement de l’interconnexion Cameroun-Tchad, la mise en service de près de 50 postes électriques, la construction d’une ligne de 524 kilomètres reliant le Sud au Nord, ainsi que la signature de nouveaux contrats de soutirage avec les industriels.

Daniel Claude Abate apporte une lecture différente

Le débat a également trouvé un écho dans les milieux universitaires et du management public. Dans une tribune intitulée « Pourquoi le Prof. Viviane Biwole a tort sur la question du profil des dirigeants nommés à la tête des entreprises publiques », Daniel Claude Abate, président du MECAM et vice-président du Haut Conseil des Affaires de la CEEAC, estime qu’il est scientifiquement inexact d’affirmer qu’un ancien préfet ou administrateur civil ne pourrait pas assurer efficacement la direction général d’une entreprise publique.

S’appuyant sur des exemples internationaux tels que Louis Schweitzer (Renault), Jack Welch (General Electric) ou Jack Ma (Alibaba), il soutient que la réussite d’un dirigeant dépend davantage de ses capacités de management, de leadership stratégique et de gouvernance que de son appartenance au corps de métier de l’entreprise.

Selon Daniel Claude Abate, réduire la performance des entreprises publiques au seul profil académique ou technique de leurs dirigeants constitue une approche simplificatrice. Il considère que des facteurs tels que la définition des objectifs par l’État actionnaire, la qualité de la gouvernance, les mécanismes de nomination et l’environnement institutionnel pèsent davantage sur les résultats des entreprises publiques.

Un débat appelé à se poursuivre

Les documents publiés par les instances dirigeantes de la SONATREL témoignent d’une entreprise qui revendique des résultats financiers positifs et des investissements structurants dans le réseau national de transport de l’électricité.

Parallèlement, la mise au point de la DCRP et la tribune de Daniel Claude Abate illustrent une volonté de défendre une conception de la gouvernance fondée sur les compétences managériales et les résultats plutôt que sur le seul profil technique des dirigeants.

Au-delà du cas de la SONATREL, cette controverse relance un débat plus large sur les critères de nomination et d’évaluation des responsables des entreprises publiques camerounaises, entre exigence d’expertise sectorielle et primauté des compétences en gouvernance stratégique.

 

© La Voix Des Décideurs

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