Affaire CNC–Vision 4 : après la lettre de Raymond Materne Mekamba Mekamba à Paul Biya, René Emmanuel Sadi demande à Canal+ de rétablir la diffusion
■■ Nouveau tournant dans le dossier Vision 4. Après la lettre ouverte adressée le 30 septembre au président Paul Biya par Raymond Materne Mekamba Mekamba, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a saisi à son tour Canal+ Cameroun. Dans une correspondance datée du 2 octobre 2026, il demande la reprise « sans délai » de la diffusion régulière de Vision 4 sur le bouquet. Une intervention qui place désormais la question de l’emploi et de l’équilibre du paysage médiatique au cœur du bras de fer.
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Yaoundé, LVDD – Le dossier opposant le Conseil national de la communication (CNC) à Vision 4 connaît un nouveau développement. Trois jours après la lettre ouverte adressée au chef de l’État par Raymond Materne Mekamba Mekamba, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, est intervenu directement auprès de la direction générale de Canal+ Cameroun.
Dans une lettre datée du 2 octobre 2026, dont une copie est désormais largement diffusée, le ministre demande au distributeur de reprendre « sans délai » la diffusion régulière de Vision 4 sur ses canaux habituels.
Cette correspondance intervient alors que le CNC avait annoncé, le 29 septembre, la suspension de Vision 4 pour une durée d’un mois, décision motivée par des faits que le régulateur qualifie notamment de « défiance » à son autorité, de non-exécution d’une précédente sanction et de manquements liés à ses convocations. Conseil National de la Communication
Le plaidoyer de Raymond Materne Mekamba Mekamba trouve un écho institutionnel
Le rapprochement avec la lettre ouverte de Raymond Materne Mekamba Mekamba est difficile à ignorer. Le 30 septembre, le directeur de publication du Reporter Hebdo avait choisi de s’adresser directement au président Paul Biya pour demander un réexamen de la suspension de Vision 4. Son plaidoyer reposait principalement sur une dimension sociale : les conséquences d’une suspension de la chaîne sur les travailleurs et leurs familles.
« Vision 4 n’est pas uniquement une fréquence, un écran ou une entreprise de communication. C’est également un outil de travail qui fait vivre de nombreux Camerounais », écrivait-il.
Deux jours plus tard, le ministre de la Communication reprend, dans sa correspondance à Canal+, une préoccupation comparable. Il estime que la décision de suspension constitue notamment une menace pour « la préservation de l’équilibre de l’espace médiatique national », ainsi qu’un préjudice pour « les nombreux emplois des personnels de cet organe de presse en particulier, et pour l’économie nationale en général ».
Une convergence de préoccupations qui donne une nouvelle dimension au plaidoyer de Mekamba Mekamba.
« La liberté de la presse va de pair avec la responsabilité »
Dans sa lettre au président de la République, le journaliste avait pris soin de ne pas présenter son intervention comme une contestation du principe même de la régulation. « La liberté de la presse va de pair avec la responsabilité des professionnels qui l’exercent », soulignait-il.
Son argument consistait plutôt à demander que la réponse institutionnelle tienne également compte des conséquences économiques et sociales de la sanction.
Cette nuance est importante dans un dossier particulièrement sensible. Le CNC défend son pouvoir de régulation et affirme vouloir faire respecter ses décisions. Dans son communiqué du 29 septembre, le Conseil explique notamment que la suspension de Vision 4 fait suite à une précédente sanction qu’il estime non exécutée et au refus de responsables du média de répondre à certaines convocations. Conseil National de la Communication
Le débat ne porte donc plus seulement sur les griefs opposant le régulateur au groupe L’Anecdote, mais également sur la manière de préserver l’autorité de la régulation tout en limitant l’impact social de ses décisions.
Le ministre demande à Canal+ de rallumer Vision 4
La lettre de René Emmanuel Sadi marque cependant un changement de niveau. Adressée directement à la directrice générale de Canal+ Cameroun, elle rappelle que les services techniques du bouquet ont procédé au retrait du signal de Vision 4 à la suite de la décision du CNC.
Le ministre demande alors explicitement la reprise de la diffusion. « Par conséquent, je vous demande de bien vouloir procéder, dès réception de la présente, à la reprise sans délai de la diffusion régulière de la chaîne “Vision 4” sur ses canaux habituels au sein de votre bouquet », écrit-il.
Cette instruction ministérielle intervient dans un contexte juridique lui-même en mouvement. Le Tribunal administratif du Centre avait, le 1er octobre, ordonné un sursis à exécution concernant une décision antérieure du CNC, tandis que le contentieux autour de la nouvelle décision du 29 septembre faisait également l’objet de démarches judiciaires.
Une « bombe sociale » qui change de dimension
C’est précisément ce risque que Raymond Materne Mekamba Mekamba avait voulu mettre en évidence dans sa lettre au chef de l’État. « Je considère comme le risque d’une bombe sociale autour de l’emploi dans le secteur médiatique », écrivait-il, en appelant à éviter que les travailleurs et leurs familles ne deviennent les principales victimes du conflit.
Le journaliste insistait également sur un principe : les professionnels des médias doivent répondre de leurs actes, mais les salariés qui dépendent économiquement de l’entreprise ne doivent pas nécessairement subir les mêmes conséquences.
« La sanction d’un média doit également pouvoir être appréciée à l’aune de ses conséquences sur les travailleurs », plaidait-il.
La lettre du ministre de la Communication à Canal+ semble ainsi donner un relief nouveau à cette problématique.
De la sanction du CNC à l’arbitrage institutionnel
Le dossier Vision 4 se trouve désormais au croisement de plusieurs niveaux : régulation, justice, gouvernement, opérateur de distribution et préservation des emplois. Le CNC maintient sa position sur les manquements qu’il reproche au groupe L’Anecdote. Conseil National de la Communication De son côté, Vision 4 conteste les mesures prises à son encontre et le contentieux s’est déplacé sur le terrain judiciaire. Plusieurs médias ont rapporté des développements devant la juridiction administrative.
Dans ce contexte, la démarche de René Emmanuel Sadi introduit une donnée politique et institutionnelle supplémentaire : le gouvernement considère désormais que la suspension de Vision 4 soulève également des enjeux liés à l’équilibre du paysage médiatique et à l’emploi.
C’est exactement le terrain sur lequel Raymond Materne Mekamba Mekamba avait placé son plaidoyer.

Une sortie de crise désormais possible ?
L’intervention du ministre pourrait-elle ouvrir la voie à une sortie de crise ? La question reste ouverte. Mais un élément nouveau apparaît : au-delà du contentieux entre le CNC et le groupe L’Anecdote, la question de Vision 4 est désormais examinée sous l’angle de l’intérêt général, de l’emploi et de l’équilibre du secteur médiatique.
Dans sa lettre ouverte, Mekamba Mekamba concluait : « Il appartient aux professionnels des médias de respecter les règles. Il appartient également aux institutions de régulation de faire respecter ces règles. Mais il appartient à la République de veiller à ce que, dans la recherche de cet équilibre, l’homme et la préservation de son emploi demeurent au cœur de l’action publique. »
Quelques jours plus tard, la correspondance du ministre de la Communication à Canal+ semble donner une portée institutionnelle à cette interrogation.
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Le bras de fer entre le CNC et Vision 4 pourrait donc désormais laisser place à une recherche de compromis : préserver l’autorité du régulateur, respecter le droit, mais également éviter que les salariés et l’économie du secteur médiatique ne paient le prix fort d’un conflit institutionnel.
L’affaire Vision 4 change ainsi de dimension. Ce qui était présenté comme une sanction d’un média devient désormais un véritable débat national sur la régulation, la liberté de la presse, l’emploi et la responsabilité de l’État dans la préservation de l’équilibre du paysage audiovisuel camerounais.
© La Voix Des Décideurs










































