▌Une cession d’actions remontant à 2017, des interrogations persistantes sur l’actionnariat et un déficit apparent de communication des autorités. Au cœur du marché camerounais de l’acier, le dossier Metafrique soulève des enjeux majeurs de transparence, de concurrence et de gouvernance. Sans préjuger d’éventuelles irrégularités, les documents consultés par Afrique54.net appellent à des éclaircissements : les pouvoirs publics peuvent-ils laisser subsister de telles zones d’ombre autour d’un acteur industriel stratégique ?

 

Bassa, le prix humain d’une industrie sous surveillance

Le 2 novembre 2026, une explosion survenue dans l’usine Metafrique Steel, dans la zone industrielle de Bassa à Douala, a fait huit morts, selon les informations rapportées par 237online.com. Un bilan qui pourrait encore évoluer. Le drame intervient dans un contexte déjà marqué par un précédent accident survenu le 1er mai dernier, jour de la fête du Travail.

La répétition des accidents pose une question qui dépasse désormais le seul périmètre de l’entreprise : quelles garanties sont effectivement offertes aux travailleurs dans les unités industrielles du Cameroun ? Et surtout, les dispositifs de contrôle sont-ils à la hauteur des risques auxquels sont exposés les salariés ?

Dans un secteur où les fours, les installations métallurgiques et les équipements de production présentent des dangers majeurs, la sécurité ne saurait relever d’une simple formalité administrative. Elle engage la responsabilité de l’entreprise, mais aussi celle des institutions chargées de veiller au respect des normes.

Hayssam El Jammal , DGPrometal

 

Derrière l’étiquette indienne, des intérêts libanais ?

L’accident a également remis en lumière une autre question : celle de l’identité des véritables propriétaires de Metafrique Steel.

Dans une enquête publiée le 6 novembre 2026, le média 237online.com, sous la plume de Laurent Diby, affirme que l’entreprise serait contrôlée par des intérêts libanais liés à Hayssam El Jammal, plutôt que par des investisseurs indiens, comme cela a pu être présenté dans l’espace public.

Le média évoque notamment un acte de cession daté du 9 octobre 2017, signé auprès du cabinet Stephenson Harwood Middle East LLP, au profit de Steel Market SAL Offshore. Hayssam El Jammal aurait agi dans le cadre d’une résolution du conseil d’administration du 26 août 2017.

237online.com rapporte également un communiqué de la direction indiquant qu’Arun Goswami ne ferait pas partie de l’actionnariat.

Ces éléments, s’ils sont confirmés par les documents originaux, soulèvent une interrogation centrale : pourquoi la structure de propriété de cette entreprise industrielle stratégique demeure-t-elle aussi peu lisible pour le public ?

La question ne relève pas d’une curiosité anecdotique. Dans une économie où l’industrie sidérurgique joue un rôle déterminant dans les infrastructures, le bâtiment et l’emploi, la transparence de l’actionnariat constitue un enjeu de souveraineté économique.

Une concentration industrielle qui appelle des éclaircissements

L’article de 237online.com avance également que Hayssam El Jammal contrôlerait déjà Prometal, un acteur majeur du marché camerounais de l’acier. Le média évoque une part de marché supérieure à 70 % et une capacité de production locale de 627 000 tonnes par an, pour une demande estimée à environ 180 000 tonnes.

Ces chiffres, qui nécessitent d’être confrontés aux données officielles du secteur, interrogent sur le niveau de concentration de la filière.

L’intégration de Metafrique Steel dans un ensemble industriel plus vaste pourrait-elle renforcer une position dominante ? Quelles conséquences pour les autres opérateurs, les prix des matériaux et les consommateurs ?

Il appartient aux autorités de la concurrence et aux administrations compétentes d’établir les faits. La concentration industrielle n’est pas, en elle-même, une infraction. Mais lorsqu’elle concerne un secteur stratégique, elle mérite une surveillance rigoureuse et des mécanismes de contrôle transparents.

Les alertes environnementales ne peuvent rester sans réponse

Les préoccupations ne s’arrêtent pas aux questions d’actionnariat et de concurrence. Le media fait état de rapports attribués à l’AJAFE dénonçant des rejets de poussières métalliques, l’enfouissement présumé de déchets toxiques sans autorisation et des insuffisances dans la protection des travailleurs.

Ces accusations, qui doivent être vérifiées par des inspections indépendantes, appellent une réponse documentée des administrations compétentes. Les populations riveraines ont droit à une information claire sur les risques environnementaux auxquels elles pourraient être exposées. L’absence de transparence ne ferait qu’alimenter la défiance.

L’État face à ses responsabilités

Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, le ministère du Commerce, les administrations fiscales et douanières, ainsi que les services chargés du travail et de l’environnement, sont désormais attendus sur leur capacité à établir les faits.

Qui détient réellement Metafrique Steel ? Les conditions de sa cession ont-elles été régulièrement déclarées ? Les installations faisaient-elles l’objet de contrôles périodiques ? Les normes de sécurité étaient-elles respectées avant l’explosion du 2 novembre ?

Autant de questions qui ne peuvent être évacuées par des déclarations de circonstance.

À ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur les causes de l’accident ni sur d’éventuelles responsabilités pénales. Mais le drame de Bassa impose une exigence : celle d’une enquête transparente, indépendante et rendue publique.

Car au-delà des intérêts industriels et des jeux d’actionnariat, il y a des vies humaines. Et dans un pays qui ambitionne de développer son industrie, la protection des travailleurs ne peut être la variable d’ajustement d’une stratégie de croissance.

 

Source:  Afrique54.net

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