Région de l’Ouest Cameroun : un morguier de l’hôpital de Bandjoun sommé de démissionner après une dénonciation à la CONAC pour pratiques illégales de pompes funèbres

▌ Rançonnement des malades, pratiques illégales de pompes funèbres et conflit d’intérêts : le rapport 2016 de la Commission nationale anti-corruption (CONAC) révèle une série de manquements dans plusieurs formations sanitaires de la région de l’Ouest. À Bandjoun, le responsable de la morgue avait été sommé de quitter son poste.

 


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Par Abdoul Kader, La Voix Des Décideurs

Bandjoun, LVDD – Un épisode particulièrement singulier ressort des dossiers de lutte contre la corruption recensés dans les formations sanitaires de la région de l’Ouest au cours de l’année 2016. À l’Hôpital de District de Bandjoun, un profession de la thanatopraxie, responsable de la morgue, a été sommé de démissionner par écrit de son poste de Major de la morgue, à la suite de faits dénoncés auprès de la Commission nationale anti-corruption (CONAC).

Le dossier figure parmi plusieurs cas de manquements recensés dans les formations sanitaires de l’Ouest dans le cadre de la lutte contre la corruption.

D’après le tableau consacré au secteur de la santé dans ce rapport, le responsable de la morgue de Bandjoun était mis en cause pour trois faits : « rançonnement des malades », « pratiques illégales de pompes funèbres » et « conflit d’intérêts ». La mesure mentionnée par la CONAC est explicite : l’intéressé avait été « sommé de démissionner par écrit de son poste de Major de la morgue ».

 

Une fonction au cœur d’un secteur sensible

Le cas est particulièrement sensible en raison de la nature de la fonction concernée. Les services de morgue se trouvent au croisement des activités hospitalières, de la prise en charge des dépouilles et des démarches effectuées par les familles auprès des services funéraires.

Dans son tableau, la CONAC associe donc au même dossier des pratiques présumées de rançonnement, des activités funéraires qualifiées d’illégales et une situation de conflit d’intérêts.

Le rapport ne permet toutefois pas, à lui seul, d’établir l’existence d’une condamnation pénale définitive. La mention d’une démission forcée relève de la mesure administrative ou professionnelle rapportée par la CONAC et ne saurait être assimilée à une décision de justice.

Deux autres cas de rançonnement à Bandjoun

Le dossier du Major de la morgue n’était pas le seul cas signalé à l’Hôpital de District de Bandjoun. Deux agentes, identifiées dans le rapport par les initiales Mme K. P. et Mme W. Y., étaient également mises en cause pour « rançonnement et racket des malades ».

Pour chacune, le tableau fait état d’une suspension des quotes-parts.  Ces différents dossiers témoignent, selon le document de la CONAC, de problèmes qui dépassaient la seule gestion de la morgue et concernaient également les relations financières entre certains personnels et les patients.

Plusieurs dossiers dans les établissements sanitaires de l’Ouest

Le rapport 2016 recense d’autres situations dans les établissements hospitaliers de la région. À l’Hôpital Régional de Bafoussam, une agente de l’IBA/Médecine avait été sanctionnée de deux mois de suspension des quotes-parts pour absence de garde.

Une autre agente, affectée à l’IDEP/Anesthésiologie, était mise en cause après avoir signé un bon autorisant la sortie d’une poche de sang. Le tableau indique une suspension d’un mois des quotes-parts, accompagnée d’une lettre d’observations.

Un troisième dossier concernait un agent de l’AS/Médecine B pour une absence au poste. Dans ce cas, le tableau précise que l’intéressé avait été innocenté, son absence étant justifiée par un repos médical.

À l’Hôpital Régional de Bamendjou, deux personnes apparaissent également dans le tableau, avec la mention « RAS » et des rappels à l’ordre comme mesures indiquées.

À Dschang, un stagiaire exclu

À l’Hôpital de District de Dschang, le rapport fait état d’un dossier concernant un stagiaire de laboratoire identifié par les initiales G. D. J. Le tableau lui attribue la responsabilité d’un « réseau de détournement des fonds du service ».

La sanction indiquée est son exclusion, avec mention dans son carnet de stage. Le document consulté ne précise cependant ni le montant des fonds concernés ni le détail du mécanisme évoqué. Ces éléments ne peuvent donc être établis à partir du seul tableau de la CONAC.

À Mbouda, des résultats de laboratoire déclarés faussement positifs

À l’Hôpital de District de Mbouda, deux autres dossiers sont signalés. Ils concernent T. V., épouse T., affectée à la Major Pédiatrie, et N. N., également en service à la Major Pédiatrie. Le rapport leur attribue la même nature de faits : « gestion d’un résultat déclaré faussement positif au laboratoire ».

Là encore, le tableau de la CONAC ne fournit pas, dans les éléments recensés, suffisamment de détails pour établir les circonstances précises de ces dossiers ou leurs éventuelles suites judiciaires.

Une photographie de la corruption dans le secteur sanitaire

Au-delà du seul cas de Bandjoun, le rapport 2016 permet de mesurer l’attention portée par la CONAC aux pratiques irrégulières dans le secteur de la santé.

La Commission indique avoir reçu 2.402 dénonciations en 2016, contre 3.268 en 2015, soit une baisse de 26,5 %. Elle précise que ses missions comprennent notamment la réception, la centralisation et l’exploitation des dénonciations relatives aux pratiques et faits de corruption, ainsi que les contrôles et investigations.

Cette problématique ne s’est pas limitée à 2016. Dans sa stratégie nationale de lutte contre la corruption, la CONAC identifie notamment, dans le secteur sanitaire, les extorsions de fonds aux malades pour des services supposés gratuits, le rançonnement des usagers, la surfacturation et certaines pratiques frauduleuses liées aux actes médicaux.

Les rapports plus récents de l’institution continuent également de faire apparaître le secteur de la santé parmi les domaines exposés aux pratiques de corruption. En 2021, la CONAC citait notamment le rançonnement et le détournement des malades ainsi que la vente illicite de médicaments.

 

© La Voix Des Décideurs

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