Le Ministre camerounais du Commerce vient d’imposer une nouvelle exigence administrative qui fait débat.  L’obtention d’une « lettre de recommandation » délivrée par le Ministre du Commerce pour accéder au dispositif qui risque de transformer une opportunité commerciale en privilège administratif  et d’instaurer le clientélisme et la corruption.

 

Par Marcien Essimi ǀ La Voix Des Décideurs

Yaoundé –  Le Cameroun tient une opportunité historique : l’ouverture du marché chinois aux produits africains avec la suppression annoncée des droits de douane sur plusieurs filières stratégiques. Mais une nouvelle exigence administrative fait débat : l’obtention d’une lettre de recommandation signée du ministre du Commerce pour accéder au dispositif. Entre facilitation commerciale et lourdeur bureaucratique, la question se pose : le Cameroun ouvre-t-il réellement un corridor vert ou crée-t-il un nouveau couloir administratif ?

 

Du « Corridor Vert » chinois au parcours administratif camerounais

Le 12 juin 2026, le ministère du Commerce (MINCOMMERCE) annonce une avancée majeure : la Chine ouvre son marché aux produits camerounais concernés par l’exemption de droits de douane, notamment le cacao, le café, le bois, le coton, les fruits et les épices. Une mesure présentée comme une porte d’entrée vers un marché de plus d’un milliard de consommateurs.

Dans la logique du commerce international, une telle décision repose sur un principe simple : faciliter l’accès des entreprises aux marchés extérieurs en réduisant les barrières.

Mais le 19 juin, un nouveau communiqué du MINCOMMERCE introduit une condition supplémentaire : les entreprises souhaitant bénéficier du dispositif doivent fournir une lettre de recommandation signée par le ministre du Commerce, en plus des documents administratifs habituels.

Registre de commerce, Numéro d’identification Unique (NIU), fiche d’entreprise… autant de pièces déjà utilisées pour identifier et encadrer les opérateurs économiques. L’ajout d’une validation ministérielle soulève donc des interrogations sur la fluidité du mécanisme.

Une procédure qui risque de ralentir la course vers la Chine

Dans un environnement commercial où la rapidité est un facteur de compétitivité, chaque délai compte. Un exportateur camerounais qui négocie un contrat avec un partenaire chinois doit pouvoir répondre rapidement aux exigences de conformité. Si l’accès à l’exemption dépend d’une validation administrative supplémentaire, le risque est de voir certaines entreprises perdre des opportunités au profit de concurrents d’autres pays où les procédures sont plus automatisées.

L’enjeu n’est pas seulement fiscal. Une taxe supprimée ne produit pleinement ses effets que si l’entreprise peut effectivement accéder au marché dans des délais compatibles avec les réalités du commerce mondial.

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Le risque d’un accès réservé aux mieux connectés

Autre inquiétude : la création possible d’une différence entre les entreprises disposant d’un accès direct aux circuits administratifs et les petites structures éloignées des centres de décision.

Une PME agroalimentaire installée dans une région rurale, une coopérative agricole ou un jeune exportateur peuvent-ils bénéficier de la même facilité qu’un opérateur déjà habitué aux procédures ministérielles ? La crainte exprimée par certains acteurs économiques est de voir une opportunité ouverte devenir progressivement un mécanisme dépendant de l’intermédiation administrative.

De l’autorisation préalable à la confiance économique

Pour plusieurs observateurs, l’accompagnement public reste nécessaire, mais il devrait privilégier la simplification. Une alternative serait la mise en place d’un guichet numérique unique permettant aux entreprises de déposer leurs documents, d’obtenir une validation rapide et de suivre leur dossier en ligne.

Le contrôle pourrait également être renforcé après l’enregistrement, avec des sanctions en cas de fraude, plutôt que de conditionner l’accès au marché à une autorisation préalable. Dans cette approche, l’État joue pleinement son rôle de régulateur sans devenir un passage obligé pour chaque opportunité commerciale.

Faire de l’exemption chinoise un droit économique

L’ouverture du marché chinois constitue une chance importante pour les producteurs et transformateurs camerounais. Elle peut favoriser les exportations, stimuler la transformation locale et renforcer la présence du « Made in Cameroon » à l’international.

Mais pour produire ses effets, cette opportunité doit rester accessible, rapide et transparente. La question centrale n’est donc pas celle du contrôle, mais celle de la méthode : comment accompagner les entreprises sans transformer une ouverture commerciale en parcours administratif ?

La Chine a ouvert une porte. Le défi pour le Cameroun est désormais de faire en sorte que toutes ses entreprises puissent la franchir.

 

© La Voix Des Décideurs

 

 

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