Restructuration du secteur de l’électricité : le  gouvernement camerounais s’explique

►► Face aux nombreuses interrogations suscitées par la transformation d’ENEO en Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), le gouvernement a tenu une conférence de presse conjointe réunissant le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, et le ministre de l’Eau et de l’Énergie. L’objectif : éclairer l’opinion publique sur les motivations, les enjeux et les perspectives de cette réforme majeure du secteur électrique camerounais.

 

Par Marcien Essimi ǀ La Voix Des Décideurs

 

Yaoundé, 18 juin 2026  –  Parlant de la reprise en main stratégique par l’État,  le gouvernement rappelle que la réforme s’inscrit dans la continuité de la nationalisation d’ENEO intervenue en novembre 2025, après le rachat des parts détenues par le fonds britannique ACTIS.

Cette opération a permis à l’État du Cameroun de devenir l’actionnaire principal de l’entreprise, avec l’ambition de reprendre le contrôle d’un secteur jugé hautement stratégique pour la souveraineté nationale.   Cette dynamique a abouti, le 4 mai 2026, à la création de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), chargée désormais de la production, du transport, de la distribution, ainsi que de l’importation et de l’exportation de l’énergie électrique. Selon le gouvernement, cette décision marque une nouvelle étape dans la reconquête de la souveraineté énergétique du pays.

Un secteur confronté à une grave crise financière

Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a souligné que le secteur de l’électricité souffre depuis plusieurs années d’un déséquilibre financier structurel. ENEO, devenue SOCADEL, ne parvenait plus à couvrir l’ensemble des charges du secteur malgré les recettes issues de la facturation aux consommateurs.

Parmi les principales causes identifiées figurent : les importantes pertes techniques sur le réseau ;  le faible taux de recouvrement des factures ; la fraude et les raccordements illégaux ; les impayés des administrations publiques ; le gel des tarifs de l’électricité pour certaines catégories d’usagers depuis 2012 ; et le poids de l’endettement bancaire. Cette situation a entraîné une détérioration progressive de la qualité du service, un déficit d’investissement dans les infrastructures et une perte de confiance des consommateurs comme des investisseurs.

Le plan gouvernemental de redressement

Pour sortir durablement le secteur de cette crise, le gouvernement a élaboré un Plan de restructuration 2026-2028 visant à restaurer l’équilibre financier du secteur et à améliorer la qualité du service public de l’électricité.  La SOCADEL a reçu pour mission de mettre en œuvre plusieurs actions prioritaires dès ses cent premiers jours.

Amélioration du recouvrement des recettes

Le gouvernement affirme désormais que « tout le monde devra payer sa facture d’électricité », qu’il s’agisse des ménages, des entreprises ou des administrations publiques. Des mesures sont en cours avec le ministère des Finances afin que les factures d’électricité des entités publiques soient traitées avec la même priorité que les salaires.

Assainissement financier

La restructuration prévoit également le refinancement de la dette financière du secteur afin de réduire les charges supportées par l’entreprise et de dégager davantage de ressources pour les investissements et la maintenance des infrastructures.

Extension du réseau et augmentation de la clientèle

La nouvelle entreprise publique entend accroître sa base de clients, notamment à travers le raccordement de nouveaux consommateurs industriels. Des infrastructures en cours d’achèvement devraient permettre de répondre à une demande supplémentaire estimée à 150 MW dans la zone industrielle de Douala.

Amélioration de la qualité du service

Le plan prévoit notamment: le remplacement des poteaux en bois par des supports en béton ; la modernisation du réseau grâce aux technologies intelligentes (smart grid) ; le renforcement du service client ; le remplacement des transformateurs surchargés ;  et l’entretien renforcé des réseaux électriques.

Une offensive contre la fraude électrique

La lutte contre la fraude constitue l’un des piliers majeurs de la réforme. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, environ 3 000 cas de fraude ont été identifiés en seulement trois semaines à Yaoundé et Douala.

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Face à cette situation, les opérations de contrôle seront intensifiées et une Brigade nationale de lutte contre la fraude sera mise en place afin de traquer les raccordements clandestins et les vols d’électricité.  Parallèlement, le gouvernement a annoncé un programme d’accès temporaire à l’électricité destiné à faciliter le raccordement des ménages à faibles revenus dans les zones urbaines, périurbaines et rurales.

Un nouveau chapitre pour le secteur électrique

Pour le gouvernement, la création de la SOCADEL ne constitue pas une solution miracle immédiate, mais le point de départ d’un processus de redressement profond du secteur. L’ambition affichée est de restaurer la performance, la transparence et la qualité du service public de l’électricité tout en renforçant la souveraineté énergétique du Cameroun.

« La création de la SOCADEL n’est pas une fin. C’est le début d’un nouveau chapitre », a affirmé le ministre de l’Eau et de l’Énergie, assurant que le gouvernement restera pleinement mobilisé pour accompagner cette réforme jugée indispensable à la croissance économique et au bien-être des populations.

 

©  La Voix Des Décideurs

 

 

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