Chronique de Calvin Djouari : « Il faut faire revenir Samuel Eto’o Fils et quelques déserteurs de 2017 »

 

 

L’influence du football au Cameroun est toujours décisive et considérable. Le football, c’est notre carte de visite, dans la mesure où elle fonde, diminue ou détruit les systèmes. C’est pourquoi à l’approche d’un grand événement comme la CAN 2019 on doit se préparer à comprendre son esprit, son tempérament et ses tendances parce que les répercussions, en cas d’échec, sont complexes et difficiles.

Une grande Coupe de Nation se prépare déjà sans que nous en ayons conscience, l’Afrique toute entière éprouve une attirance irrésistible parce qu’elle veut participer à cette CAN du Cameroun. Pour ma part comme observateur, j’ai ma pensé, et je le dis avec la main sur le cœur et conviction que pour gagner cette coupe : il faut faire revenir certains joueurs déserteurs de la CAN 2017. Ils sont indispensables pour bâtir une équipe conquérante, solide et héroïque.

Par ailleurs, il faut faire appel à Samuel Etoo Fils comme on fit appel à Roger Milla en 90. Le président Paul Biya doit se charger de cela. Ce sont des joueurs mythiques, et pour gagner une coupe à domicile, il faut sur le terrain un joueur de classe exceptionnelle. Ce n’est pas parce que nous sommes champions en titre et surtout parce qu’on joue à domicile qu’on gagnera cette Coupe des Nations. Il ne s’agit pas de se complaire à évoquer ce que l’équipe a déjà fait l’an passé.  C’est sûrement ce qui nous a fait ne pas nous qualifier à la Coupe du Monde de la Russie. Cette coupe sera particulièrement difficile. Pour plusieurs raisons : premièrement parce que c’est le Cameroun ; deuxièmement il joue à domicile ; troisièmement chaque Nation veut rendre la pièce de ce qu’on leur a fait chez eux autrefois.

L’équipe qui a toujours gagné ailleurs gagne difficilement une coupe chez elle, parce la pression est d’autant plus forte que les spectateurs sont exigeants. Les autres pays savent qu’on a recruté deux grandes stars comme coach. Ils vont prendre la chose très au sérieux. Ils vont se préparer en conséquence et doublement.

 

 

Par ailleurs, le discours du Ministre de Sport, lors de la signature du contrat de ces deux entraineurs, était inapproprié, il a déclaré : « que les Camerounais n’aiment pas perdre ». Cette figure de style est maladroite ; ce n’est pas le discours d’un intellectuel ça.  En inscrivant une telle déclaration dans la tête des Camerounais, ils auront toujours le souvenir de cette promesse soigneusement gardé dans leur mémoire. Les entraineurs et le public ne doivent pas être sous une telle pression. Les entraineurs ne sont pas des magiciens. Dans le football, si on ne gagne pas on peut perdre. Ces impressions qui se fixent la plupart du temps dans notre inconscient et ne laissent aucune trace dans nos souvenirs, donnent naissance à des attentes et des convictions selon lesquelles nous sommes une équipe indomptable. Le mot indomptable est là pour nous conditionner. C’est ce qu’on appelle quelquefois le déterminisme psychique. Tout événement ou phénomène mental particulier, un tel fantasme permet aux joueurs de réaliser de grands exploits. Ceci s’est transmis de génération en génération jusqu’à ce que l’argent et l’administration viennent détruire cette nature intérieure des joueurs d’alors.

Il faut avoir dans le sport l’esprit chevaleresque, avoir la culture de supporter la défaite si elle arrive. Les lions ont été toujours une équipe forte, mais ce sont les dirigeants du sport qui n’ont jamais fait preuve de professionnalisme.

Le discours du ministre n’est pas peut-être si mauvais après tout. Il s’agit pour lui de projeter sur les entraîneurs l’attente de notre public. Mais c’est un mauvais message passé à la Nation : « vous ne méritez pas de perdre ». Les conséquences d’une telle déclaration peuvent être désastreuses. Les Camerounais doivent savoir qu’ils ne sont pas invincibles, et qu’ils doivent avoir à l’esprit que le football est un sport, un jeu ; le meilleur doit gagner. Et dans la défaite il faut applaudir son adversaire.

Dans le football, on ne met pas les bornes, il n’y a pas d’axiomatique possible. C’est des sciences probabilistes, molles. Le football est constitué de tout ce que nous ignorons. Pour gagner cette coupe, il faut la transcendance non seulement des joueurs mais de l’administration, du public, et notre propre expérience de la vie, en refoulant un peu souvent notre psyché inconsciente. Pour gagner cette coupe, il faut se ressourcer dans le passé de la 8ème coupe, les raisons de cet échec. Le Cameroun avait la meilleure équipe d’Afrique de cette époque. Mais cette équipe avait perdu, il y avait des raisons profondes qui n’ont jamais été étalées sur la place publique.

Toujours venant de l’administration, l’administration sportive du Cameroun sent mauvais. Et quand le sport sent mal, cela se répercute dans tout le pays. Que cela ne se reproduise plus. Mais écoutons notre valeureux ministre de Sport, l’homme rigoureux qui ne baisse pas sa tête devant les stars riches du football, un très bon exemple. Je sais que le style était celui du langage parlé, d’un tour elliptique et direct, où le mot est cru, savoureux comme un fruit. Je sais aussi une seule chose, le Cameroun sera présent à son rendez-vous et le ministre poète, dont le sens de l’humour s’apparente au mien, fera ce qu’un collègue n’avait jamais fait jusqu’ici, à savoir : remporter la médaille d’or aux Jeux Olympiques, et sa troisième Coupe de Nation.

 

Une Chronique de Calvin Honoré Djouari l Écrivain camerounais l La Voix Des Décideurs

 

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